Récit d'un volontaire au Niger

Episode 8

Un peu de retard accumulé dans l'écriture, envie de passer plus de temps à faire les choses que de les écrire...

La saison a changé, nous voici en pleine saison des pluies, les nigériens appellent ça le « beau temps », les enfants nagent dans les flaques marrons, le paysage se transforme, le mil pousse, et moi je slalome en moto entre les mares (voiture au garage depuis presque un mois...), j'attrape un rhume (pas très exotique comme maladie...) et j'écrase les moustiques.

Zinder

La supervision d'une formation d'artisans en maroquinerie m'a amené à partir deux semaines à Zinder (à environ 800 km à l'est de Niamey). S'évader de Niamey, prendre la route, traverser des villages et des paysages différents, attraper fugitivement des milliers d'images, perdre à nouveau ses maigres repères, que cela fait du bien !

Toute sortie de la ville devient un véritable périple et ce voyage le démontre bien. Trajet avec le pick-up du centre, sur le papier ça semble plutôt confortable comparé au bus. Mais c'était sans compter le fait que nous sommes 8 dans le pick-up, dont un enfant qui vomira trois fois sur le parcours. Dés la porte de la ville franchie, nous entrons dans un autre monde, les voitures se font rares et le paysage semi-désertique semblera figé jusqu'à l'arrivée à Zinder.

Passer les péages et les contrôle de douane formés d'une corde au milieu de la route à chaque entrée et sortie de ville ; s'arrêter plusieurs fois au milieu de rien pour réattacher la bâche qui menace de s'envoler ; faire étape à Dosso pour rendre une machine à coudre au village artisanal ; rire de voir mon chef acheter des galettes bretonnes pour son petit-déjeuner ; regarder les chameaux en train de manger tranquillement au bord de la route ; éviter les innombrables nids de poules plus proches de trous d'obus ; faire étape à Dogondoutchi pour rencontrer le père du chauffeur ; manger une omelette entouré d'enfants qui attendent que tu leur laisses les restes ; doubler des camions antédiluviens dont la plupart sont arrêtés en panne ; rouler sur une centaine de ralentisseurs, deux au minimum par village, et qui constitue souvent le poste d'un mendiant ; s'arrêter au milieu de rien pour scotcher les phares qui menacent de nous quitter ; s'enfoncer en brousse pour cause de déviation ; faire étape à Birni N'Konni pour rencontrer le cousin de mon chef ; demander au pompiste Total où se trouve le revendeur de gasoil ; subir une tempête de sable suivie d'un orage ; observer la pluie rebondir sur la terre au point de former une nappe vaporeuse ; traverser des villages sous l'eau, les enfants jouant dans les rivières formées, les femmes poursuivant leurs occupations et les chèvres se collant aux murs pour se protéger ; s'arrêter pour chaque prière ; finir le trajet sous un ciel étoilé éclairé par quelques éclairs au lointain ; voir le reçu du péage s'envoler par la fenêtre ; écouter le mensonge de mon chef au péage suivant ; arriver enfin à destination.

 

Logement chez Leïla, VPette (la solidarité VP permet de posséder des logements au quatre coins du pays...), qui me sert également de guide dans la découverte de la ville, de ses habitants, locaux ou expats.

Le boulot n'est pas trop fatiguant, quelques heures le matin généralement. Suivre l'évolution de la formation (perfectionnement en création de cartable et portefeuille de 46 artisans) ; rencontrer les partenaires locaux ; faire des réunions pour imaginer les prochaines formation (dont une dans un village de brousse au son des femmes pilant le mil), visiter un centre de formation professionnelle (financé par la coopération algérienne, japonaise et française), un village artisanal, une coopérative cuir, une tannerie traditionnelle et la seule tannerie industrielle (travaillant exclusivement pour une entreprise italienne et dont une partie des peaux sont finies au Bangladesh), assister aux interviews radios de mon chef ; déjeuner chez des amis ou de la famille de mon chef...

 

 

Le temps libre est principalement consacré à la découverte de la ville. Elle se révèle une petite ville (200 000 habitants, comparé au 800 000 de Niamey) plutôt agréable, avec moins de circulation et plus d'authenticité. Elle est également une ville avec un passé historique plus important car elle fût la capitale de l'Etat de Damagaram et pendant un temps la capitale du Niger.

 

Visiter le sultanat, demeure du 23ème sultan (le 22ème a été destitué et incarcéré par le gouvernement nigérien pour divers motifs plus ou moins véridiques : préparation d'un coup d'Etat, trafic de voitures volées, de cocaïne, de fausse monnaie,...). L'Islam ayant pris de l'importance au Niger, le sultan ne peut pas avoir plus de 4 femmes, au lieu des 12 habituelles. Il peut cependant se rattraper sur les femmes de l'ancien sultan qui logent encore au sultanat, mais dans ce cas il faut aimer les femmes vraiment mûres...  Quelques trois cent personnes gravitent autour du sultan. Et celui-ci joue encore un rôle important, en particulier en rendant la justice traditionnelle. Un petit tour dans la cellule aux scorpions ?

Poursuivre en déambulant dans le quartier de Birni pour admirer les maisons traditionnelles en banco (terre séchée) et celles des notables décorées avec des dessins géométriques. Etre entouré d'enfants nous observant, nous disant bonjour, nous demandant un cadeau, se jetant devant l'objectif de l'appareil photo et devenant complètement hystériques en regardant la photo sur l'écran. Tomber en panne d'essence, se faire livrer de l'essence et se faire pousser par une vingtaine d'enfants.

Aller au marché de Mirriah, à 20km de Zinder et se balader dans la forêt de baobabs, pâturage pour les brebis et terrain de jeux pour les enfants.

Profiter également du temps disponible pour se mettre à jour en série (Kamelott) en films (La poursuite du bonheur, The constant gardener, Les particules élémentaires, Le diable s'habille en Prada, Alpha dog, 21 grammes, Je ne suis pas là pour être aimé, Quand j'étais chanteur,...) et en livres (BD Persépolis, Une saison blanche et sèche d'André Brink, Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista, Les arcanes du chaos de Maxime Chattam). Si je vous mets les titres, c'est pour vous les conseiller... :)

Et enfin les soirées dans les rares endroits où boire un verre et retrouver toute la troupe de VP, MSF, GOAL (Irlandais), Peace Corps (Américains) voire même les JICA (Japonais), quelques nigériens et autres jeunes expats. Le milieu d'expats est si petit qu'il est le théâtre idéal pour une série TV, avec tous les rebondissements et interactions que vous pouvez imaginer...

Et également apprendre quelques notions d'Haoussa, se faire offrir des sandales en cuir, acheter un tapis en cuir (cuir forever...), acheter les biscuits traditionnels au miel au fin fond d'un dédale de maisons en banco, subir une coupure celtel pendant plusieurs jours et deux coupures quotidiennes d'électricité (allant d'une à cinq heures).

Après la cérémonie de remise des attestations aux artisans, nous repartons sur la route avec un chargement légèrement modifié : troc d'un passager contre une chèvre et deux poules. Halte pour la nuit à Maradi, logement chez une autre VPette, mais la pluie nous empêche de visiter réellement la ville. Moins de péripéties sur le trajet, arrêts pour les prières, les achats d'oignons, de patates douces, camion renversé dans la déviation, tortue barbotant dans une mare,...

 

Boulot

Après la supervision de la formation à Zinder, retour au boulot ‘normal' à Niamey : rédaction des rapports techniques et financiers des formation, gestion de la formation apprentissage en alternance, installation définitive de nos bureaux, visite du centre aux amis, mise en place de documents comptables, et également la formation d'un futur chef d'atelier de la COMINAK (industrie minière) à la gestion des stocks, au calcul des coûts, à Word et Excel.

L'avenir de mon boulot est difficile à prévoir du fait d'une part que mon chef postule ailleurs tout en ayant une confiance absolue dans ma capacité à reprendre son poste de DAF. Le seul hic en devenant DAF à la place du DAF, à part la difficulté du poste of course, est que je ne serais plus en appui mais en substitution, ce qui n'est pas vraiment l'esprit de la coopération VP. L'autre hypothèse est son remplacement par une nouvelle personne, avec tout ce que ça laisse d'inconnu. Enfin pour l'instant il est encore là...

L'autre inquiétude concerne les formations 2008. L'Union Européenne ne lancera de nouveaux appels d'offres uniquement si l'Etat nigérien lui reverse la taxe d'apprentissage 2007 qu'il a perçu des entreprises alors que la formation professionnelle est intégralement financée par l'UE. Et commençant à connaître le fonctionnement de l'Etat nigérien, il serait capable de saigner la formation professionnelle en refusant de reverser les 400 millions FCFA. Et de toute façon, les hypothétiques formations UE 2008 ne commençant qu'en octobre 2008, il est indispensable que l'on trouve de nouveaux bailleurs pour survivre pendant ce temps... Un peu de boulot et d'inquiétudes en perspective...

Sorties

A côté des habituelles sorties dans les maquis, au CCFN, soirées chez les uns ou chez les autres, trois excursions en dehors de Niamey méritent un récit.

Passer une nuit au bord du fleuve à côté des pêcheurs. Installer la natte ; acheter du poisson aux pêcheurs et le faire griller sur le brasero ; regarder le soleil se coucher puis contempler les étoiles ; essayer de ne pas rouler dans le fleuve pendant le sommeil ; se réveiller pendant la nuit et observer les pêcheurs relevant leurs filets à la lampe de poche ; se réveiller pour voir le soleil percer ; préparer le thé ; puis revenir chez soi avant d'entamer une nouvelle journée de boulot.

Camper près d'Ayorou (à 170km au nord de Niamey). Préparer le 4x4 avec bagages sur le toit ; faire un premier arrêt au bout de 10min pour resserrer la corde ; traverser des paysages verdoyant, vallonnés et remplis de troupeaux tout en écoutant Tracy Chapman et des vieilles chansons françaises ; essayer deux pistes vainement avant de trouver une piste praticable qui débouche sur le fleuve ; monter le campement sur la terre ferme malgré les propositions des piroguiers ; réussir à boire le premier verre d'apéro avant la tempête de sable ; réaménager le campement pour résister au vent (avec l'efficacité de deux anciens scouts belges, d'une ancienne éclaireuse de France, et la mienne...) ; poursuivre l'apéro ; faire griller les merguez, côtelettes et pommes de terre ; dormir quand la pluie débarque au milieu de la nuit. Se réveiller le lendemain pour constater que la pluie fine ne s'est pas interrompue ; contempler le paysage environnant digne de l'écosse ; démonter le campement ; prendre le petit déjeuner dans un maquis à Ayorou ; se balader dans le marché et au bord du fleuve ; reprendre la route ; constater que la route est coupée juste à l'entrée de Niamey du fait d'un pont écroulé avec la pluie ; s'approcher pour observer les secouristes soulever à bras le corps un bout de pont afin de dégager un taxi-brousse (bilan : une dizaine de morts) ; suivre la déviation avec le passage de plusieurs koris (= rivières) ; regarder un taxi-brousse s'embourber et être poussé par une dizaine de personnes ; être content d'être en 4x4 ; arriver à Niamey et s'offrir une pizza dans le meilleur resto italien pour se remettre de ce week-end.

 

Faire une excursion en moto. Partir avec deux motos DT pour reprendre la même route toujours coupée ; apprendre à conduire dans le sable, dans l'eau, à slalomer au milieu des engins de chantier ; arriver à Boubon (30km au nord de Niamey) ; déambuler dans le marché ; marcher le long du fleuve ; pique-niquer sous un manguier ; poursuivre en moto pour prendre le bac traversant le fleuve ; aller jusqu'à une station-essence pour se rendre compte qu'elle n'a pas d'essence ; faire demi-tour ; reprendre le bac ; acheter de l'essence à la sauvette ; évaluer les progrès en reprenant la déviation dans l'autre sens. Bilan de la journée : 170km parcourus, un peu de boue sur les vêtements, diplôme de moto-cross, coups de soleil sur les bras.

 

Petits riens

Tomber sur un diaporama power point sur le pc de mon chef consacré au viaduc de Millau ; S'échanger des divx ; Faire des essais culinaires : pâtes au concentré de tomate et à la vache qui rit ; Ne pas trouver l'essentiel en nourriture à Zinder mais trouver des pailles d'or, et même les nouvelles aux myrtilles ; Ecouter les nigériens raconter leurs expériences en France : ne pas comprendre comment passer le tourniquet du métro, rester bloquer devant une porte à ouverture automatique ; Manger du pigeon ; Lire un bouquin sur l'Islam ; Voir les margouillats redevenir noirs ; Discuter de Nantes avec un nigérien ayant étudier là-bas ; tomber sur le chiffre de 68 entreprises industrielles au Niger ; Manger une spécialité du nord de la France (dont j'ai oublié le nom) : bœuf avec pain d'épice, cassonade et oignons ; Assister au mariage de la sœur d'une amie alors que le mari est en Egypte ;...


Publié à 04:02, le 12/08/2007, dans Journal de voyage, Zinder
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