Récit d'un volontaire au Niger | |
Episode 10Quasiment 3 mois sans nouvelles... Fin de saison des pluies, court retour de la chaleur, puis voilà la fraîcheur qui s'installe. Se réveiller vers 5h pour remettre un drap, penser au sac de couchage pour toute sortie en brousse, frissonner lors des déplacements en mate tôt le matin ou tard le soir... On redécouvre des sensations quasiment oubliées, le plaisir de prendre le petit déjeuner en terrasse au soleil, se balader en brousse même en pleine après-midi... On fait le plein de ces petits plaisirs en sachant que la saison chaude arrivera trop vite...
Actualité Concernant l'actualité du Niger, je continue la mise en ligne sur le blog. Je ne me permettrais que peu de commentaires sur l'actualité, ce blog étant public et la liberté d'expression n'étant pas vraiment la tasse de thé du Niger actuel, comme le montre l'incarcération de deux journalistes (Moussa Kaka, le correspondant RFI à Agadez, et le directeur du journal Aïr-Info) ainsi que l'arrestation de deux journalistes pour diffamation avant d'être relâchés. Les infos sur le conflit dans le nord sont ainsi devenues de plus en plus minces et sujets à discussion. Par exemple, un étrange attentat déjoué à Dosso (à 100 km de Niamey, donc plutôt loin du terrain ‘classique' de conflit) a permis la prolongation de l'état de ‘mise en garde' dans le nord. Cependant, la principale nouvelle reste quand même la venue de Zidane au Niger comme Ambassadeur du PNUD...
Boulot Ces trois mois ont correspondu au pic de travail. Gestion des formations, rédaction des rapports, préparation des salons, relations avec l'ambassade, création d'outils de communication... Après cette frénésie, le temps est venu de faire une pause, de dresser le bilan de 7 mois de mission et de réfléchir à la suite.7 mois à appréhender le fonctionnement du centre, à apprendre progressivement les histoires de chacun, à gagner leur confiance, à s'adapter au mode de fonctionnement nigérien. 7 mois à se battre continuellement contre des habitudes qui sont devenues quasiment des règles : expliquer au Ministère que nos salles de réunion ne sont pas à leur disposition gratuitement (sauf bien sûr s'ils nous octroient une subvention de fonctionnement...), refuser de payer des inspecteurs du travail qui ont le culot d'appeler le directeur afin de recevoir leur salaire malgré leur non travail, refuser de baisser les prix des articles destinés à notre Ministre de tutelle qui connaît particulièrement la situation financière du centre, relancer continuellement un ancien ministre pour qu'il daigne à rétribuer le centre pour la location des ateliers,... 7 mois à essayer de tenir une comptabilité et de maîtriser les dépenses tout en essayant de s'assurer de leur sincérité dans un pays où les reçus et les factures sont très couramment faussés et où les relations avec les partenaires se monnayent. 7 mois à essayer de modifier des comportements, à mettre un peu d'ordre, à ‘moraliser' le centre selon les dires de mon directeur. 7 mois à rester intègre dans un contexte où les magouilles flirtent avec la corruption et les histoires glauques. Défi qui n'est pas simple, qui désespère certains jours, mais qui booste les autres jours. Défi également d'appuyer sans se substituer. Pour gérer les multiples urgences, j'ai appris progressivement les tâches habituelles, au point que mon chef n'avait plus besoin de venir au Centre. La pause de fin d'année permet ainsi de discuter de la réorientation de mon appui : moins faire soi-même mais plus aider à faire. Trouver des personnes de confiance, les responsabiliser, les former. Moins gérer les affaires courantes et plus travailler sur les projets, comme la stratégie de développement durable (remise en état de station d'épuration, gestion des déchets, économie d'énergie, transparence des prix et de gestion, participation du personnel...) et la construction d'un atelier de formation en bijouterie. Mais 7 mois également à se réveiller avec l'envie d'aller travailler. Parce qu'au-delà des difficultés rencontrées, je me sens proche de mes collègues, je crois à l'importance de ce centre, je crois en la possibilité de changer au moins certaines choses, je crois au savoir-faire des artisans... Comme aime le déclarer mon directeur, le centre est une grande famille, et je le ressens, je me sens entouré. J'aime traîner dans les ateliers à discuter de tout et de rien avec les artisans, faire découvrir aux collègues d'autres musiques que Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Bob Marley ou Céline Dion, écouter les histoires mon directeur qui s'installe dans mon bureau dès qu'il s'ennuie dans le sien, aider des collecteurs de peaux à s'organiser en coopérative ou GIE, faire une grande séance photo dans la cour du centre pour photographier 70 nouveaux modèles de chaussures, faire visiter le centre aux amis ou personnalités, ne pas résister à acheter des sacs, cartables, colliers, boucles d'oreille, bracelet, ceinture, chaussures... Et les ptits évènements comme une formation de bouchers qui se finit en grand méchoui (2 moutons et la moitié d'un taureau : durée de vie = 15 minutes face à 30 nigériens affamés), les prix remportés lors du Salon de l'Artisanat, le pot pour mon anniversaire avec discours et cadeaux, le début d'apprentissage du travail du cuir avec un artisan, les liens qui se créent avec chacun...
Mate La voiture tant attendue par l'ambassade s'est révélée trop coûteuse en essence et plutôt fragile face aux latérites ensablées de Niamey. Alors après négociation, j'ai échangé ma 306 contre une subvention de transport. Et avec celle-ci, j'ai acheté une mate rouge. Une mate qu'est-ce que c'est ??? Première précision importante : y a mate et mate ! La vraie mate est un modèle de mobylette Yamaha. La fausse mate est une copie de la mate Yamaha. J'ai bien sûr opté pour la copie chinoise, beaucoup moins chère... Il faut juste se préparer à passer un peu de temps chez le mécano au début pour réparer tous les petits problèmes liés à un montage trop rapide : tuyau d'arrivée d'air mal fixé, rayons mal serrés, ampoules qui lâchent, bougie qui s'encrasse, silencieux mal accroché (qui m'a permis une entrée fracassante dans le centre un matin où mon silencieux s'est enfui lâchement de mon pot). On devient très vite ami avec son mécano en le voyant tous les deux jours... Mais après ça roule !! 1 500 km au compteur et pas de panne sérieuse. J'ai ainsi rejoint le ‘clan mate' des VP. Véhicule idéal pour Niamey : se faufile partout, possède une bonne accélération, et dans le sable c'est toujours possible d'étendre les jambes pour ne pas tomber... Eh oui, le sable a repris ses quartiers d'hiver dans Niamey, certaines latérites ressemblent peu à peu à des dunes de sable, et on apprend très vite à adapter nos trajets...
Maison Voir le jardin s'agrandir : tournesols me dépassent désormais, premières tomates apparaissent, frangipanier toujours en fleur, bananiers peinent à grandir, maïs et mil s'épanouissent, aubergines pointent, salades fleurissent (on a ‘oublié' de les récolter à temps...), ... Continuer à accueillir des colocataires : après Patrick pendant un mois et demi, et toujours des amis de passage, nous logerons peut-être quatre québécois en janvier. Jouer au volley avec les amis et en profiter pour apprendre ce sport à Idé. Financer le retour à l'école de ses deux enfants, et suivre leur scolarité.
Sorties Partir un week-end à Filingué (à 200 km à l'est de Niamey) avec Sandra et Alex. Passer en revue notre répertoire de chansons françaises pour remplacer l'auto-radio défaillant. Voir défiler les champs de mil qui auraient eu besoin de quelques averses supplémentaires. Dormir la première nuit à Damana, village après Baleyara, monter une tente sur la terrasse d'un ami d'un collègue d'Alex et sortir le saucisson et le vin. Arriver le lendemain à Filingué et loger dans la maison d'une VP (le réseau VP a ses avantages...) tout en banco. Découvrir la ville paisible. Se promener à cheval près des falaises au coucher du soleil. Suivre la demi-finale de la coupe du monde de rugby dans l'unique maquis de la ville. Revenir à Niamey en faisant étape au marché de Baleyara pour faire le plein de pain, et le plein de saveurs en déambulant à travers la ville qui se transforme en un immense marché où le bétail côtoie les tissus, les céréales avec les produits ‘pharmaceutiques', les fruits et légumes avec la quincaillerie chinoise.
Visiter avec Patrick les réalisations d'une ONG franco-nigérienne aux alentours de Boubon : construction de puits, de pompes hydrauliques, d'école, de centre de santé, de château d'eau, d'éclairage et de panneaux solaires pour alimenter toutes ces installations.
Camper une nuit avec Leïla, Isabelle, Baptiste et Julien près des falaises de Kobi (entre Baleyara et Filingué), boire une bière les pieds dans le vide en contemplant la nuit tomber, dîner autour du feu. Se réveiller tôt pour aller contempler le lever du soleil du haut de la falaise et rencontrer quelques habitants un peu étonnés de la rencontre au milieu de rien. Faire étape au marché de Baleyara (oui je l'aime bien ce marché !!), y acheter un mouton pour la prochaine fête de Tabaski et lui aménager une petite place dans le fond du 4x4. Visiter un site de production de spiruline, algue servant de complément alimentaire riche en protéines et vitamines pouvant servir dans la lutte contre la malnutrition. Pique-niquer sous un manguier. Et revenir tranquillement à Niamey, en poussant plusieurs fois le 4x4 refusant de démarrer...
Faire une excursion en pirogue avec Sandra, Marie et ses amis pour remonter le fleuve et aller à la rencontre d'hippopotames, aperçus de loin et c'est mieux ainsi vu les risques de se faire attaquer...
Co-louer pour l'année avec une dizaine d'amis une petite concession au bord du fleuve sur la route de Boubon. En profiter un dimanche pour y pique-niquer, se baigner dans le fleuve, jouer aux cartes sous les manguiers.
Et préparer le programme pour le séjour de ma mère et ma ptite sœur.
Loisirs Suivre quelques matchs de la coupe du monde de rugby dans des maquis et voir des nigériens sortir le drapeau français à la fin des matchs. Voir la France perdre le match contre l'Angleterre, avoir parier et se voir offrir le repas de la réussite par Alex: un dîner au restaurant Vivanda. 14 000 FCFA le menu (soit la moitié du salaire mensuel minimum nigérien) : foie gras, raviolis aux crevettes, azawak (bœuf), macédoine de légumes, crêpes chocolat et ananas confit... et digestif à la mirabelle offert par le patron français et le cuisinier hongrois. Passer des soirées en haut de la grande dune, à une trentaine de kilomètres de Niamey. Après la première tentative en mai dernier où nous avons débarqué à 2km de la grande dune, la deuxième où nous trouvâmes la grande dune mais trop tard pour voir le soleil se coucher, la troisième fût la bonne. Contempler le soleil rougir et les ombres s'agrandir, faire des roulé-boulé dans le sable, regarder peu à peu la nuit envahir Niamey et ses environs, voir les lampes s'allumer dans les villages voisins.
Fêter son anniversaire à la maison avec un couscous pour 20 personnes. Se baigner dans la piscine de l'Hôtel Gaweye, le plus chic de Niamey, avec vue sur le fleuve.
Continuer (de temps à temps) à courir au stade. Aller voir les bébés jumeaux d'Abda, président de la coopérative de bijoutiers. Passer l'après-midi chez Gagé, mon mécano, discuter avec la télé diffusant un DVD d'un concert de Garou. Ecouter Sébastien un ami VP conter lors d'une soirée conte et musique traditionnelle au CCFN. Se déguiser pour une grande soirée anniversaires-départs (notre communauté VP se réduit, d'une trentaine en août à une vingtaine en janvier) sur le thème A. Fêter la fin du ramadan, voir toute la ville en grand boubou dans un grand va-et-vient pour aller saluer les amis et la famille et leur apporter des plats de nourriture. Recevoir dès 9h du mat' son plat de pintade à domicile, un délice avec le café et la baguette de pain... Jouer au babyfoot et billard dans un maquis. Aller voir une expo de peinture et sculpture d'un ami qui utilise des matériaux du marché de Katako. Assister au grand défilé du FIMA (Festival International de Mode Africaine). Etrange impression de voir un défilé de mode avec son cortège de mannequins, de photographes et de personnalités en plein Niger. A côté de couturiers africains, surprise de voir une couturière canadienne avec une présentation de manteaux, de bottes et de bonnets. Avoir même le droit à un mini-concert de Stomy Bugsy au milieu du défilé.
Se balader au SAFEM (Salon de l'Artisanat pour la Femme) pour découvrir tissus, articles en cuir, produits ‘pharmaceutiques' pour retrouver la force et la virilité, et autres produits du Niger et des environs.
AFVP S'investir au niveau de l'AFVP en participant au comité VP, structure de représentation des VPs du Niger. Aider à la consultation des volontaires sur le nouveau plan stratégique de l'AFVP. Préparer la réunion annuelle des VPs du Niger et y introduire une journée sur le développement durable avec interventions des volontaires et d'acteurs extérieurs et visites de site : RESEDA (programme de l'UE sur des technologies adaptées : énergie solaire, éco-conception de bâtiments,...) et site de production de spiruline. Après un pot le premier soir avec les partenaires et même l'Ambassadeur de France, la seconde soirée se déroule au Relais Kanasi au bord du fleuve : dîner, balade en pirogue en pleine nuit et visite d'un village célébrant un mariage dans l'obscurité totale (cela donne une ambiance totalement surréaliste, où l'on discute avec des personnes sans les voir, où l'on se fait guider à travers les ruelles du village...). Et le lendemain, pour commencer doucement la journée, une partie de pétanque...
Petits riens Croiser au feu rouge un bus RATP dernière génération. Traverser la ville à 20h et passer à côté voire au milieu d'une quinzaine de lieux de prières, devoir baisser les phares pour ne pas les déconcentrer pendant leur prière. Manger un gratin dauphinois, une tartiflette, un fondant au chocolat, un tajine, un riz sauce arachide, la confiture de tomates vertes d'Etienne, le jus de goyave de la tante d'Idrissa. Croiser une dizaine de personnes ramassant un chargement de savons tombés du camion au milieu du boulevard. Se voir demander plusieurs fois par des artisans de l'aide pour mettre une cravate, les étonner en leur répondant que j'en suis bien incapable. Recevoir des colis de France avec des cadeaux, des saucissons, un casque,... Ecouter mon directeur parler de l'émission TV ‘Perdu de vue' et me confier qu'il a acheté un magnétoscope spécialement pour ne pas en louper une émission. Apprendre que le grand-père d'une amie a 8 femmes et 39 ou 40 enfants (on ne compte même plus...), ça laisse songeur sur le nombre de petits-enfants. Se faire offrir pour son anniversaire 1h30 de massage avec Thérèse, et au final préférer les massages thaïlandais aux massages togolais. Apprendre pourquoi le directeur de la formation professionnelle m'appelle toujours cousin : car selon leurs manuels d'histoire, nous avons les mêmes ancêtres les gaulois. Comprendre pourquoi personne n'a de difficulté avec mon prénom en découvrant qu'il est le héros du principal manuel de français ‘La famille Boda' avec son ami René. Perturber le travail et les nuits de quelques collègues en leur prêtant des casses-têtes. Se faire livrer journaux français par un douanier pote d'Etienne qui les récupère dans les avions Air France. Négocier avec le portier de l'Ambassade de France pour pouvoir rentrer en mate dans l'enceinte de l'Ambassade : petit plaisir de voir le grand portail s'ouvrir et de se garer entre les 4x4 plus gros les uns que les autres.
Et attendre le retour de l'être aimé au pays... Publié à 03:27, le 20/12/2007, dans Journal de voyage, Niamey Mots clefs : { Page précédente } { Page 68 sur 147 } { Page suivante } |
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