Récit d'un volontaire au Niger | |
Episode 11Il devient plus difficile de continuer à raconter son quotidien, car ce quotidien malgré ses péripéties régulières commence à être habituel... Mais c'est un sentiment agréable de se sentir tellement à l'aise là où l'on vit que la routine est appréciable...Et heureusement, la vie nigérienne réserve toujours quelques surprises... 11 mois dans quelques jours... ça laisse songeur sur le chemin parcouru et celui qu'il reste à faire... Après la fraîcheur puis l'harmattan (vent de sable), la chaleur a repris ses droits pour plusieurs mois. En quelques jours, nous voici revenus aux températures estivales : 40-45°C à l'ombre... Il est temps de remplir le frigo de bouteilles d'eau, de graisser le ventilo et de ressortir le maillot de bain... Et c'est aussi la saison des amours qui commence pour les margouillats, les mâles reprennent ainsi leurs couleurs d'apparat : tête jaune et corps noir et gris...
Boulot Après l'épisode bilan de fin d'année, le boulot repart avec de nouveaux projets, de nouvelles activités à gérer. Les missions ont l'avantage d'être diverses : poursuite de la réorganisation du centre avec la mise en place d'un comité de gestion de l'atelier de maroquinerie rassemblant les artisans dans une structure de dialogue et de gestion financière collective; recueillir les besoins de formation des artisans du Niger afin de monter les dossiers de formation pour répondre aux prochains appels d'offre de l'Union Européenne ; continuer à promouvoir le Centre auprès des bailleurs de fonds (visite de l'Ambassadeur de France, de l'Ambassadrice d'Allemagne, de la Représentante du PNUD, du directeur de l'AFD, du directeur de la Coopération Luxembourgeoise,...) pour le financement de formations, de bâtiments manquants (dortoirs, restauration, atelier de bijouterie) et de matériel ; créer un site internet (bientôt en ligne !!) ; essayer de pondre des comptes annuels pour l'année 2007 ; faire du marketing (réaménagement de la boutique, panneaux indicateurs dans la ville, nouveaux modèles,...) ; ... Je commence également à voir les premiers effets positifs du travail réalisé : fonctionnement plus efficace et plus participatif, forte augmentation des ventes, hausse de la reconnaissance de la qualité du Centre... Le développement est amorcé, mais la frustration reste très présente : dépendance du Centre aux prérogatives et calendriers des bailleurs de fonds, aucun budget de fonctionnement pour la 3ème année consécutive accordé par notre Ministère de tutelle, difficulté à responsabiliser certains membres du personnel, logique de fonctionnement administratif, aucune visibilité même sur l'année actuelle,... Ces derniers mois ont également été placés sous le signe de l'échange de compétences avec d'autres volontaires : appui par Sébastien à la mise en place d'un système comptable au Centre, appui par Anne-Laure au diagnostic de la station d'épuration, appui par Pierre-Louis à la création du site internet, appui par Christine à la création de nouveaux modèles de sacs,...
Nourriture Allez c'est décidé, j'ouvre une nouvelle catégorie dans les récits ! Un paragraphe dédié uniquement à la nourriture ! Cela peut sembler hors-contexte par rapport à l'objet du blog, mais au contraire, et les Français expatriés peuvent aisément le confirmer, la nourriture est un sujet récurrent de discussion. On se fait saliver en racontant par le menu des repas gargantuesques, on guette les arrivées de France pour le ravitaillement en mets, on s'échange les recettes, et bien sûr on se fait des ptits gueuletons ! Vivant en capitale, nous n'avons pas à nous plaindre, les supermarchés libanais regorgent de produits français, les menus des restaurant sont variés, et le pont aérien avec la France fonctionne très correctement... En revanche, dans d'autres villes du Niger, comme à Zinder, les volontaires se préviennent dés qu'il y a un arrivage de crème fraîche ou autre produit rompant la monotonie du riz sauce, maca ou pâtes au concentré de tomates... Alors voila une petite liste, loin d'être exhaustive, des découvertes culinaires des deux derniers mois, qui célèbre également le talent de chacun... Mousse au chocolat et à la crème de marron d'Etienne, hachis parmentier aux épinards d'Alex (au passage, le hachis parmentier belge est toujours aux épinards...), crumble aux courgettes d'Etienne, mouton au miel d'Isa et Bapt, lasagnes de Séb, mousse au citron d'Etienne, glace au speculoos de Nuria, caviar d'aubergine d'Etienne, ma confiture de fraises (faut bien que j'essaye de concurrencer tous ces cuistots...), plateau de fromages de Pierre-Louis de retour de France, cheeseburger de Christine, frites belges d'Etienne, riz au curry de Tié, galette des rois de Célia, cocktail de mangue de Camille, rouleaux de printemps d'Audrey, pain à la farine de maïs, sorgho, mil et niembé de Pascal (boulanger français venu pour une expérimentation des céréales locales dans le pain), ... A force, je vais peut-être créer une catégorie d'articles ‘recettes de cuisine'...
Loisirs Assister au Championnat national de lutte traditionnelle à Dosso. Grande rencontre annuelle des délégations des 8 régions du Niger. Ce sport est un bon miroir de la société nigérienne actuel : respect et fair-play ; mélange de modernité et de tradition avec la présence de griots et de batteurs de « ganga » (gros tambours haoussa) aux côtés des hôtesses aux couleurs des différents sponsors, contexte d'insécurité avec une forte présence militaire ; importance de l'apparence sociale avec les dons généreux aux champions (celui-ci a reçu 2 millions de francs officiellement et plus de 5 millions de francs offerts par des particuliers ou entreprises : motos, parcelle de terrain, billet d'avion pour la Mecque, garde-robe, vivres,...). Passer un week-end à Fillingué avec une quinzaine de volontaires pour le départ d'Emilie. Ecouter les discours élogieux du Préfet, de l'Adjoint au maire ainsi que d'autres responsables, et être touché par cette reconnaissance de l'utilité de l'action du volontaire. Retrouver les ambiances de colonie de vacances avec les batailles d'eau, la terrasse transformée en dortoir, les jeux de cartes, les apéros, les balades dans les falaises, les siestes,... Conduire un bon gros vieux 4x4 et éviter de justesse deux zébus plantés au milieu d'un virage. Débuter des cours de japonais après avoir abandonné (pour le moment inch' allah...) le haoussa et le djerma. Apprendre à écrire, à se présenter, à compter, à donner l'heure, à commander un hamburger, à dire à quelqu'un qu'il n'est pas très gentil, à s'exclamer que le thé est trop chaud,... Rire devant la pièce de théâtre ‘Dîner avec un quart de blanc' par l'ensemble Kassaï, histoire de Monsieur Arbi qui compte sur l'invitation à dîner de ‘celui-qui-vient-juste-après-le-directeur-blanc' (le ‘quart de blanc') pour monter les échelons de l'entreprise... Passer un dimanche dans la famille d'Abdoulkarim, un des artisans du Centre, discuter, déjeuner, regarder un film américain et jouer à la pétanque ! Et là grand moment : dans la cour collective au milieu des femmes lessivant le linge et préparant le repas qui participent un peu mais préfèrent largement commenter avec force chaque action, les voisins jetant un coup d'œil pour comprendre d'où venait ce brouhaha, et nous qui tentons de nous concentrer assez pour réussir à viser le cochonnet entre les casseroles, les pigeons et les enfants qui s'agitent autour... Et tous les autres loisirs : prendre l'apéro à la grande dune ; passer le week-end en pirogue pour aller voir les hippopotames ; manger du porc au four le dimanche midi au Banco ; assister à un spectacle de danse ; jardiner ; dessiner des bijoux ; voir ‘La môme' au CCFN ; jouer au tarot, au loup garou, au uno, au billard, au baby foot, au diabolo, au volley, à la pétanque, ...
Et toujours ces petits riens Apprendre que 20 Ministères sur 31 fonctionnent avec moins d'un million d'€ de budget annuel ; assister aux matchs de la Coupe d'Afrique des Nations dans un bar camerounais et écouter les commentaires : « Cameroun : Terre Promise !», « Que Dieu vienne en aide au Cameroun et ferme les yeux du gardien !» ; circuler dans Niamey et se rendre compte que Celtel a recouvert tous les lampadaires de la ville avec des panneaux publicitaires ; faillir se faire escroquer par le coup de la « fausse voisine » qui vient demander de l'argent pour son fils malade ; croiser chevaux, chèvres, dromadaires, zébus, ânes, moutons dans la ville ; avoir déjà 4 acheteurs pour ma mate ; expérimenter les amibes ; ... Et toujours ce plaisir sans cesse renouvelé de circuler en fin de journée, le soleil se couchant progressivement, la luminosité devenant agréable et la chaleur plus supportable, les Nigériens discutant dehors, les effluves de préparation de repas chatouillant les narines... Qu'est ce que je suis bien ici... Le prochain épisode sera écrit normalement de France, un retour après quasiment un an d'absence... La grande joie de retrouver la famille et les amis et de passer du temps auprès de chacun se mêle à une pointe d'inquiétude sur mon décalage et sur l'évolution politique... Publié à 02:15, le 7/04/2008, dans Journal de voyage, Niamey Mots clefs : { Page précédente } { Page 34 sur 147 } { Page suivante } |
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