Récit d'un volontaire au Niger

Vague de critiques après l'interdiction de MSF-France au Niger

AFP - 31/07/08

Des dirigeants syndicaux de la santé et de la société civile au Niger ont déploré la décision des autorités de mettre fin aux activités de Médecin sans frontières (MSF-France) dans la région de Maradi (centre-sud).

Le gouvernement a suspendu le 18 juillet les activités de MSF-France à cause notamment de son refus selon lui de collaborer avec les services publics et l'a accusée d'entretenir "une malnutrition endémique" des enfants avec la complicité des mères.

Le ministre de la Santé Issa Lamine a reproché mardi à MSF de n'avoir pas "respecté" son engagement d'intervenir dans les activités de nutrition dans des centres de soins de l'Etat et de traiter des cas de paludisme et de diarrhées.

"C'est une mesure policière", s'est insurgé Mahamadou Moussa, secrétaire général du Syndicat des travailleurs de l'Action sociale (Syntrasas), qui juge que le gouvernement aurait d'abord dû consulter les travailleurs de la santé puis demander à l'ONG de se "conformer" au protocole national sur la prise en charge de la malnutrition.

"Les mères et les enfants sont déjà éprouvés par la pauvreté, alors lorsqu'une ONG vient pour les aider, l'Etat doit la soutenir", a-t-il souligné.

"C'est une décision politique" car le gouvernement refuse qu'on dise que des enfants nigériens souffrent de malnutrition, a déclaré Iliassou Idi, secrétaire général du Syndicat des pharmaciens et chirurgiens dentistes du Niger (Synphamed) sur la télévision privée Dounia.

Pour Abdou Zaneito, membre du "Mouvement citoyen", une ONG de Maradi, les arguments du ministre de la Santé "ne sont pas convaincants". "Lorsque vous suspendez les activités de MSF, vous devez assurer la continuité de la prise en charge des enfants traités par l'ONG", a-t-il estimé.

Seul le syndicat national des infirmiers du Niger (SNIN) s'est réjoui de la décision et son secrétaire général Issa Madou a dénoncé les "mauvaises pratiques de MSF".

MSF a de son côté dit souhaiter continuer à travailler en accord avec les autorités. A ce jour, "plus de 3.400 enfants, dont 233 hospitalisés, sont en traitement dans des centres nutritionnels et plus de 70.000 enfants reçoivent chaque mois un complément nutritionnel", selon MSF.

Depuis la grave crise alimentaire qui a frappé le Niger en raison de la sécheresse et une invasion de criquets pèlerins, les autorités sont extrêmement sensibles à tout ce qui touche à la crise alimentaire et la malnutrition infantile. Il est ainsi formellement interdit aux journalistes de faire des reportages sur ces sujets.


Publié à 05:31, le 31/07/2008, dans Actualités nigériennes,
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