Récit d'un volontaire au Niger

Moussa Kaka, correspondant de RFI, est sorti de prison

AFP - 07/10/08

Le correspondant de Radio France Internationale (RFI) au Niger, Moussa Kaka, est sorti de prison mardi après plus d'un an de détention pour liens présumés avec des rebelles touareg, mais la saga politico-judiciaire n'est pas terminée pour autant.

Moussa Kaka a quitté la prison civile de Niamey en fin de matinée peu après que la cour d'appel de Niamey eut ordonné sa mise en liberté provisoire "d'office" après avoir requalifié les accusations.

Selon son avocat Fodi Boureima Mamadou, Moussa Kaka n'est plus désormais poursuivi que pour "atteinte à l'intégrité du territoire national par entente avec les éléments du MNJ" (Mouvement des Nigériens pour la Justice, rébellion touareg du nord) et sera donc renvoyé devant un tribunal correctionnel pour un délit et non plus un crime.

Il encourt malgré tout encore de un à dix ans de prison, même si jusque-là il risquait la perpétuité.

A sa sortie, comme s'il affichait la couleur, Moussa Kaka arborait un tee-shirt frappé du logo RFI. La mine serrée, il était visiblement stressé et très en colère.

"C'était un complot depuis le début. Il m'ont tendu un piège, je ne suis pas tombé dedans. Je suis très ému car je reviens de très loin, sincèrement à la limite des portes de l'enfer", a-t-il déclaré. Il a été accueilli par ses deux épouses, ses enfants et de nombreux amis.

"Du début jusqu'à aujourd'hui j'étais innocent. Seulement je leur +pompais l'air+ en faisant mon travail de journaliste, alors il fallait qu'ils me mettent à l'ombre".

"Ils savaient (les autorités) très bien que je ne faisais que mon travail. Des fois ils venaient eux-mêmes chercher des informations auprès de moi. Je n'ai rien fait de mal. Je garde la tête haute", a poursuivi le journaliste.

La liberté provisoire lui avait été refusée plusieurs fois ces derniers mois, et ce malgré une décision en ce sens fin juin du doyen des juges d'instruction. Ce dernier avait même délivré une ordonnance de non-lieu le mois suivant.

Le PDG de Radio France Internationale Alain de Pouzilhac a qualifié cette remise en liberté de "grand soulagement pour toute la famille de RFI". "C'est l'aboutissement d'une procédure judiciaire et nous restons confiants dans la décision de la justice nigérienne", a ajouté M. de Pouzilhac".

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner s'est de son côté déclaré "très heureux". "Je remercie tous ceux qui y ont participé", notamment "le président du Niger (Mamadou Tandja), parce qu'il a quand même fait ce geste", a ajouté le chef de la diplomatie française.

Moussa Kaka avait été arrêté le 20 septembre 2007, puis inculpé de "complicité d'atteinte à l'autorité de l'Etat" pour des liens présumés avec les rebelles touareg, une accusation passible de la prison à vie.

Il est poursuivi sur la base d'enregistrements d'écoutes téléphoniques, les seules preuves à charge qui contenaient des conversations avec notamment Agaly Alambo, chef du MNJ.

Niamey a toujours affirmé que Moussa Kaka, également correspondant de Reporters sans frontières (RSF) et directeur de la radio privée Saraounya, n'avait pas été arrêté en raison de ses activités journalistiques.

Le président Mamadou Tandja a toujours nié l'existence d'une rébellion touareg, refusant de dialoguer avec le MNJ dont il qualifie les chefs de "bandits armés et de trafiquants de drogue".


Publié à 05:44, le 7/10/2008, dans Actualités nigériennes,
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