Récit d'un volontaire au Niger

Episode 12

Retrouver Niamey en pleine chaleur, mais arriver au premier jour de pluie. Retrouver Delphine déjà installée dans la maison et dans son boulot.  Réaménager la maison après le déménagement d'Etienne vers la maison de Christine. Dormir sur la terrasse en essayant vainement de concevoir une installation facile à monter pour la moustiquaire, pour finalement garder le bricolage initial.

Ramener du fromage à mon directeur, un livre sur les religions à mon chef, et du fromage et saucissons pour nous.

Au Centre :

Constater que la discipline budgétaire commence à porter ses fruits, que le comité de gestion de la maroquinerie fonctionne. Revenir ainsi boosté pour poursuivre la réorganisation effective de l'administration. Rencontrer un avocat pour l'écriture des statuts véritables du Centre, qui intégreraient les différents organismes professionnels de la filière dans ses instances. Mettre en place des réunions hebdomadaires, des bons d'essence, un double contrôle hebdomadaire des comptes. Suivre la fabrication d'un prototype de sac pour une créatrice française. Concevoir une seconde version du site internet, et être vraiment maudit pour sa mise en ligne entre les coupures d'électricité et les bugs. Monter un dossier de mécénat de compétence avec la Fondation Véolia pour la remise en fonctionnement de la station d'épuration. Continuer à attendre la reprise des formations Union Européenne. Gérer des problèmes avec certains artisans qui n'honorent pas toujours les commandes de leurs clients, au point de fuir au Burkina pour éviter de répondre aux problèmes. Rédiger avec l'aide de Delphine le dossier FSD (Fonds Social de Développement - SCAC) pour le projet de formation en bijouterie moderne et de construction d'un atelier au Centre, mais ne pas pouvoir le déposer au dernier moment du fait d'un quiproquo entre les bénéficiaires. Subir les coupures d'électricité plusieurs fois par jour, au point de sortir les boules de pétanque pour occuper les après-midi.

 

Journée des volontaires :

Organiser avec quelques volontaires, une journée inter-volontaires dont le principe est de réunir les volontaires des différents pays et structures autour d'un jeu de piste dans Niamey. Chercher des financements, trouver le lieu de la soirée, négocier des heures durant avec le gérant qui voudrait faire payer chaque service (les chaises, les tables, le frigo, les serveuses, les gardiens, les lampes,...). Se torturer la tête pour imaginer un parcours différent pour 7 équipes de 10 personnes. Se balader à pied dans le quartier à la recherche de personnes acceptant de participer au jeu, passer 10 minutes à essayer d'expliquer le principe pour finalement avoir le droit à un refus.

Et le jour venu, ne pas voir passer le temps et regretter de ne pouvoir jouer au jeu de piste. Voir Français, Japonais, Américains, Canadiens, Belges, Luxembourgeois, Allemands, Espagnols se mélanger et partager autour de leurs expériences. Jouer au jeu de la callebasse (porter sur sa tête une callebasse remplie d'eau) et au jeu du journal (sauter à plusieurs d'une feuille de journal à l'autre). Déguster des crêpes canadiennes au sirop d'érable et des makis japonais. Voir la tempête envahir le ciel et devoir se replier tous sous un hangar qui ne protège en rien. Ne pas désespérer sur la suite de la soirée et ressortir dés la fin de la première pluie la nourriture, la sono, rallumer le brasero et assister au spectacle de jongle organisé par les Japonais. Se réfugier sous une paillotte à la seconde pluie. Et revenir à la maison en mate sous une tempête impressionnante, éclairé seulement par le faible phare et les incessants éclairs, zigzaguer entre les flaques et les branches tombées.

Organiser une seconde soirée dans un autre maquis pour finir la soirée écourtée. Ecouter la présentation de chaque organisation présente au Niger.

 

 

 

Divers :

Assister à deux baptêmes en une semaine. Apprendre à faire des makis, sushis et sashimis avec l'aide de japonais. Acheter une nouvelle mate (bleue cette fois) pour revendre l'autre à Delphine. Se mettre à la cuisine avec Delphine : lasagnes, hachis parmentier, curry de capitaine, ratatouille, milkshake à la mangue ou à la banane, yaourt maison, etc. Débroussailler le jardin avec Idé et planter un manguier, des papayers, des petites tomates, un gazon japonais, des courges, des haricots et diverses fleurs. Passer une soirée à la concession avec d'autres volontaires, pouvoir s'installer sur les rochers tellement le fleuve est bas. Se faire faire encore de nouvelles chaussures par les artisans. Assister au départ de volontaires et se retrouver à une quinzaine de volontaires contre 35 l'année dernière. Etre fasciné par la mise en scène par une volontaire d'une pièce de théâtre au CCFN : plan incliné, hamac accroché en haut de scène, arbre métallique, costumes étonnants. Apprendre la bataille corse aux enfants d'une collègue de Delphine. Assister à l'ouverture du centre de formation en boulangerie, projet de Christine, et pouvoir commencer à déguster leurs nouveautés. Expérimenter le palu et passer une nuit à la clinique sous perf' et en profiter pour regarder la télé, prendre une douche chaude, dormir avec la clim. Compter les points dans la bataille des telecoms : arrivée d'Orange, changement de nom pour Celtel (Zain) et de Telecel (Moov).Voir la ville se recouvrir de panneaux publicitaires à leur effigie, et les magasins être repeints à leurs couleurs.

 

Et partir au Sénégal pour 3 semaines de vacances !



Publié à 09:27, le 4/8/2008, dans Journal de voyage,
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Vacances en France

Faire une pause d'un mois et demi en France pour retrouver Delphine après 7 longs mois de distance, prendre le temps d'être avec la famille et les amis, et également se reposer et reprendre quelques kilos grâce à la gastronomie française. Constater avec plaisir que chacun a grandi, mais que personne n'a perdu en joie de vivre.

Faire découvrir Paris à Delphine, visiter l'entreprise de Brice, admirer Liam le bébé de Sarah, se perdre à Bussy Saint Georges en essayant de trouver la rue (non inscrite sur les plans, je précise) de Manu, randonner avec ma sœur et ma mère en campagne lyonnaise, visiter une expo avec mon père, faire un déjeuner avec toute la famille, aller à la conférence annuelle de Finansol et retrouver mes anciens collègues, tremper les pieds dans l'océan à Pornichet avec Delphine, faire du vélo le long des berges de Lyon, visiter Dublin et boire des bières dans des pubs avec Gaëlle, déguster un plateau de fruits de mer dans la famille de Delphine, échanger avec un prêtre missionnaire au Tchad, manger le meilleur hamburger à Dublin, se remplir la panse dans un fameux bouchon lyonnais, se promener dans le jardin de Giverny avec Delphine, prendre l'apéro avec des amis, échanger, partager sur le vécu,...

Mais également travailler : rencontrer les responsables d'Art Kem (entreprise française de bijouterie) pour avancer sur le projet d'atelier de bijouterie au Centre, rencontrer un designer ayant formé les artisans à de nouvelles techniques de création, discuter avec la gérante d'une boutique de mode éthnique, créer une première version du site internet du Centre.



Publié à 05:52, le 15/5/2008, dans Journal de voyage,
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Episode 11

Il devient plus difficile de continuer à raconter son quotidien, car ce quotidien malgré ses péripéties régulières commence à être habituel... Mais c'est un sentiment agréable de se sentir tellement à l'aise là où l'on vit que la routine est appréciable...Et heureusement, la vie nigérienne réserve toujours quelques surprises...

11 mois dans quelques jours... ça laisse songeur sur le chemin parcouru et celui qu'il reste à faire...

Après la fraîcheur puis l'harmattan (vent de sable), la chaleur a repris ses droits pour plusieurs mois. En quelques jours, nous voici revenus aux températures estivales : 40-45°C à l'ombre... Il est temps de remplir le frigo de bouteilles d'eau, de graisser le ventilo et de ressortir le maillot de bain... Et c'est aussi la saison des amours qui commence pour les margouillats, les mâles reprennent ainsi leurs couleurs d'apparat : tête jaune et corps noir et gris...

 

Boulot

Après l'épisode bilan de fin d'année, le boulot repart avec de nouveaux projets, de nouvelles activités à gérer. Les missions ont l'avantage d'être diverses : poursuite de la réorganisation du centre avec la mise en place d'un comité de gestion de l'atelier de maroquinerie rassemblant les artisans dans une structure de dialogue et de gestion financière collective; recueillir les besoins de formation des artisans du Niger afin de monter les dossiers de formation pour répondre aux prochains appels d'offre de l'Union Européenne ; continuer à promouvoir le Centre auprès des bailleurs de fonds (visite de l'Ambassadeur de France, de l'Ambassadrice d'Allemagne, de la Représentante du PNUD, du directeur de l'AFD, du directeur de la Coopération Luxembourgeoise,...) pour le financement de formations, de bâtiments manquants (dortoirs, restauration, atelier de bijouterie) et de matériel ; créer un site internet (bientôt en ligne !!) ; essayer de pondre des comptes annuels pour l'année 2007 ; faire du marketing (réaménagement de la boutique, panneaux indicateurs dans la ville, nouveaux modèles,...) ; ...

Je commence également à voir les premiers effets positifs du travail réalisé : fonctionnement plus efficace et plus participatif, forte augmentation des ventes, hausse de la reconnaissance de la qualité du Centre... Le développement est amorcé, mais la frustration reste très présente : dépendance du Centre aux prérogatives et calendriers des bailleurs de fonds, aucun budget de fonctionnement pour la 3ème année consécutive accordé par notre Ministère de tutelle, difficulté à responsabiliser certains membres du personnel, logique de fonctionnement administratif, aucune visibilité même sur l'année actuelle,...

Ces derniers mois ont également été placés sous le signe de l'échange de compétences avec d'autres volontaires : appui par Sébastien à la mise en place d'un système comptable au Centre, appui par Anne-Laure au diagnostic de la station d'épuration, appui par Pierre-Louis à la création du site internet, appui par Christine à la création de nouveaux modèles de sacs,...

 

Nourriture

Allez c'est décidé, j'ouvre une nouvelle catégorie dans les récits ! Un paragraphe dédié uniquement à la nourriture ! Cela peut sembler hors-contexte par rapport à l'objet du blog, mais au contraire, et les Français expatriés peuvent aisément le confirmer, la nourriture est un sujet récurrent de discussion. On se fait saliver en racontant par le menu des repas gargantuesques, on guette les arrivées de France pour le ravitaillement en mets, on s'échange les recettes, et bien sûr on se fait des ptits gueuletons ! Vivant en capitale, nous n'avons pas à nous plaindre, les supermarchés libanais regorgent de produits français, les menus des restaurant sont variés, et le pont aérien avec la France fonctionne très correctement... En revanche, dans d'autres villes du Niger, comme à Zinder, les volontaires se préviennent dés qu'il y a un arrivage de crème fraîche ou autre produit rompant la monotonie du riz sauce, maca ou pâtes au concentré de tomates...

Alors voila une petite liste, loin d'être exhaustive, des découvertes culinaires des deux derniers mois, qui célèbre également le talent de chacun...

Mousse au chocolat et à la crème de marron d'Etienne, hachis parmentier aux épinards d'Alex (au passage, le hachis parmentier belge est toujours aux épinards...), crumble aux courgettes d'Etienne, mouton au miel d'Isa et Bapt, lasagnes de Séb, mousse au citron d'Etienne, glace au speculoos de Nuria, caviar d'aubergine d'Etienne, ma confiture de fraises (faut bien que j'essaye de concurrencer tous ces cuistots...), plateau de fromages de Pierre-Louis de retour de France, cheeseburger de Christine, frites belges d'Etienne, riz au curry de Tié, galette des rois de Célia, cocktail de mangue de Camille, rouleaux de printemps d'Audrey, pain à la farine de maïs, sorgho, mil et niembé de Pascal (boulanger français venu pour une expérimentation des céréales locales dans le pain), ...

A force, je vais peut-être créer une catégorie d'articles ‘recettes de cuisine'...

 

Loisirs

Assister au Championnat national de lutte traditionnelle à Dosso. Grande rencontre annuelle des délégations des 8 régions du Niger. Ce sport est un bon miroir de la société nigérienne actuel : respect et fair-play ; mélange de modernité et de tradition avec la présence de griots et de batteurs de « ganga » (gros tambours haoussa) aux côtés des hôtesses aux couleurs des différents sponsors,  contexte d'insécurité avec une forte présence militaire ; importance de l'apparence sociale avec les dons généreux aux champions (celui-ci a reçu 2 millions de francs officiellement et plus de 5 millions de francs offerts par des particuliers ou entreprises : motos, parcelle de terrain, billet d'avion pour la Mecque, garde-robe, vivres,...).

Passer un week-end à Fillingué avec une quinzaine de volontaires pour le départ d'Emilie. Ecouter les discours élogieux du Préfet, de l'Adjoint au maire ainsi que d'autres responsables, et être touché par cette reconnaissance de l'utilité de l'action du volontaire. Retrouver les ambiances de colonie de vacances avec les batailles d'eau, la terrasse transformée en dortoir, les jeux de cartes, les apéros, les balades dans les falaises, les siestes,... Conduire un bon gros vieux 4x4 et éviter de justesse deux zébus plantés au milieu d'un virage.

Débuter des cours de japonais après avoir abandonné (pour le moment inch' allah...) le haoussa et le djerma. Apprendre à écrire, à se présenter, à compter, à donner l'heure, à commander un hamburger, à dire à quelqu'un qu'il n'est pas très gentil, à s'exclamer que le thé est trop chaud,...

Rire devant la pièce de théâtre ‘Dîner avec un quart de blanc' par l'ensemble Kassaï, histoire de Monsieur Arbi qui compte sur l'invitation à dîner de ‘celui-qui-vient-juste-après-le-directeur-blanc' (le ‘quart de blanc') pour monter les échelons de l'entreprise...

Passer un dimanche dans la famille d'Abdoulkarim, un des artisans du Centre, discuter, déjeuner, regarder un film américain et jouer à la pétanque ! Et là grand moment : dans la cour collective au milieu des femmes lessivant le linge et préparant le repas qui participent un peu mais préfèrent largement commenter avec force chaque action, les voisins jetant un coup d'œil pour comprendre d'où venait ce brouhaha, et nous qui tentons de nous concentrer assez pour réussir à viser le cochonnet entre les casseroles, les pigeons et les enfants qui s'agitent autour...

Et tous les autres loisirs : prendre l'apéro à la grande dune ; passer le week-end en pirogue pour aller voir les hippopotames ; manger du porc au four le dimanche midi au Banco ; assister à un spectacle de danse ; jardiner ; dessiner des bijoux ; voir ‘La môme' au CCFN ; jouer au tarot, au loup garou, au uno, au billard, au baby foot, au diabolo, au volley, à la pétanque, ...

Et toujours ces petits riens

Apprendre que 20 Ministères sur 31 fonctionnent avec moins d'un million d'€ de budget annuel ; assister aux matchs de la Coupe d'Afrique des Nations dans un bar camerounais et écouter les commentaires : « Cameroun : Terre Promise !», «  Que Dieu vienne en aide au Cameroun et ferme les yeux du gardien !» ; circuler dans Niamey et se rendre compte que Celtel a recouvert tous les lampadaires de la ville avec des panneaux publicitaires ; faillir se faire escroquer par le coup de la « fausse voisine » qui vient demander de l'argent pour son fils malade ; croiser chevaux, chèvres, dromadaires, zébus, ânes, moutons dans la ville ; avoir déjà 4 acheteurs pour ma mate ; expérimenter les amibes ; ...

Et toujours ce plaisir sans cesse renouvelé de circuler en fin de journée, le soleil se couchant progressivement, la luminosité devenant agréable et la chaleur plus supportable, les Nigériens discutant dehors, les effluves de préparation de repas chatouillant les narines... Qu'est ce que je suis bien ici...

Le prochain épisode sera écrit normalement de France, un retour après quasiment un an d'absence... La grande joie de retrouver la famille et les amis et de passer du temps auprès de chacun se mêle à une pointe d'inquiétude sur mon décalage et sur l'évolution politique...



Publié à 02:15, le 7/4/2008, dans Journal de voyage, Niamey
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Réunion annuelle au Burkina-Faso du 15 au 20 janvier

Le principe des réunions annuelles des VP dans un pays est d'inviter quelques VP des pays limitrophes. J'ai ainsi eu l'occasion de découvrir le Burkina-Faso avec Isabelle pour assister à leur réunion annuelle.

Prendre un bus à 5h30, faire une première pause à 5h45 pour la prière, une deuxième pause pour le contrôle à la sortie du territoire nigérien, une troisième pause à l'entrée du territoire burkinabé, une quatrième pause pour une fouille des bagages (cela ressemblait à un rituel bien rôdé : chacun reprend son bagage dans la soute, l'aligne en ligne sur le trottoir, l'ouvre sur le dessus, le douanier jette un coup d'œil superficiel et hop on remballe tout), une cinquième pause pour le déjeuner, et arriver enfin à Ouagadougou après 9h de trajet.

La première chose qui me marque à l'entrée du Burkina-Faso n'est pas la différence de paysage, de langue ou de nourriture, mais la présence de vautours... Ceux-ci apparaissent réellement qu'à partir du passage du poste frontière, étrange comité d'accueil...

Pour la nourriture, notre premier repas en terre burkinabé fût un cheeseburger au bord de la piscine du cercle américain, donc on ne peut pas parler d'un choc culturel... Mais nous avions des excuses, c'était pour accompagner des VP du Burkina qui sortaient de leur brousse et qui ne rêvaient que d'un hamburger... Oui le VP de brousse a les mêmes désirs quelque soit le pays !!

Après ce repas, une balade digestive et une immersion dans la ville s'imposaient ! Ouagadougou se révèle une ville davantage construite que Niamey, beaucoup plus étendue et beaucoup plus vivante. Les motos sont omniprésentes, les P50 remplacent nos Mate, les maquis et les terrasses foisonnent, les femmes sont vêtues davantage à l'occidentale et les voiles sont très rares. Une première visite d'un centre artisanal me convainc de la richesse et la diversité de leur artisanat : bronze, cuir, bois, batik,...

Et la première soirée me démontre la différence dans la manière de fêter. Contrairement à nos maquis plutôt sombres et fermés pour permettre de boire sans être vu, ici les maquis sont ouverts sur la rue, illuminés et souvent agrémentés d'une piste de danse au centre, et les petites bières n'existent pas, seuls les grands modèles (66cl) sont disponibles...

Après ce dépaysement, retour au paysage sahélien avec le départ pour la ville de Dori, à 250 km au nord et à une trentaine de km de la frontière du Niger.

Là-bas, notre groupe d'une vingtaine de personnes est partagé entre 5 projets locaux pour une immersion durant 24h. Je pars ainsi avec quatre autres volontaires dans un village à 7 km de Dori qui gère un jardin maraîcher. Et dés notre arrivée, nous voilà au travail aux côtés des villageois : repiquer les salades, retourner la terre, arroser, enlever les mauvaises herbes... Beaucoup de nouveautés pour le citadin que je suis et la prise de conscience que ce n'est pas si simple de faire pousser des légumes. Je fais ainsi le plein de conseils pour booster mon potager. Leur jardin maraîcher est construit autour d'un énorme cratère qui conserve l'eau de pluie et permet ainsi d'arroser l'ensemble des cultures (salades, carottes, choux, tomates, piments,...) pendant quasiment toute l'année. Le groupement est constitué d'une trentaine de personnes et la production est essentiellement destinée à la vente sur le marché de Dori. D'autres plantations (mil, maïs) permettent de compléter l'alimentation du village.

Après cette séance de travail, installation dans le village. Les villageois nous offrent la maison du président du groupement pour la nuit et quasiment tout le village vient successivement nous saluer. Une douche au seau et avec vue sur le paysage environnant au dessus du court mur. Puis les femmes apportent le dîner : tô et salade. Pour ceux qui ne connaissent pas le tô, c'est une pâte de mil et ce n'est pas le plat le plus succulent que je connaisse... Se faire presque engueuler pour n'avoir pas fini les deux énormes plats de tô. Prendre le thé et discuter du village, des récoltes, de la France, de la neige,...

Réveil 6h, et encore nous avions négocié pour ne pas être réveillé à 5h. Un plat de spaghettis et direction le jardin maraîcher. 2h de travail puis pause café et balade dans le village, sur la dune de sable, chez le forgeron. Puis vient l'heure du déjeuner et du départ.

24h c'est très court, mais elles ont suffi à nous sentir ailleurs, loin de nos villes et projets respectifs, à créer des liens et des échanges.

Le reste de la journée et le lendemain furent consacrés aux échanges autour de nos expériences vécues pendant cette journée. Les autres volontaires étaient répartis respectivement dans un groupement de femmes avec des activités génératrices de revenus (broderies, savon, pâte d'arachide), dans un projet de développement rural (cordons pierreux pour retenir l'eau, fosses à compost...), dans un projet de dépistage sida, dans le Biblio'brousse (car transformé en bibliothèque et salle informatique). Il fût également question de l'AFVP et de son évolution qui n'est pas toujours à l'avantage du volontaire.

Nous avons également profité de ces quelques jours pour découvrir Dori et son marché du vendredi aux couleurs éclatantes par la présence de nombreux Peuls aux vêtements, coiffures et bijoux remarquables.

Retour à Ouagadougou avec une halte à Bani pour admirer les 7 mosquées et écouter l'histoire de l'ermite qui en est à l'origine.

 

La dernière après-midi est consacrée à la visite du village artisanal. Et sa réputation est à la hauteur du lieu : plus de 30 ateliers consacrés aux différentes facettes de l'artisanat burkinabé, des poteries jusqu'à la peinture en passant par les instruments de musiques, les batiks, le cuir, le bronze, le mobilier, etc. Craquer pour un tableau aux couleurs chaudes et au dessin stylisé.

Et c'est déjà le trajet retour avec le même nombre d'étapes qu'à l'aller mais avec encore plus de fatigue...

Mais le plaisir de retrouver son chez soi, sa petite ville tranquille, son fleuve...

Accrocher le tableau et s'endormir...



Publié à 03:27, le 20/1/2008, dans Journal de voyage, Ouagadougou
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Récit du voyage de ma mère et ma petite soeur (23 au 30 décembre 2007)

Ce fut une parenthèse hors du temps, si différente de notre vie quotidienne, un dépaysement complet déstabilisant (malgré une expérience africaine pour chacune).

Niamey ressemble à un gros village : très peu de routes goudronnées et éclairées, du sable qui pénètre partout ; des animaux : chèvres, vaches, chameaux surchargés en pleine rue, ânes tirant des charrettes ; petits vendeurs, grouillement d’enfants ; chant du muezzin avant 5 heures du matin.

Avec d’autres volontaires et leur famille, nous avons descendu le fleuve Niger, depuis Say jusqu’au parc du W, dans une grande pirogue à moteur, dormi en bivouac au bord du fleuve sous les baobabs, puis 2 jours dans un camp de tentes du parc du W. Ce fut une magnifique expérience : découverte des villages au bord du fleuve, arrêt au marché de Guémé, balades en 4x4 ou à pied à la recherche des animaux : hippotragues, crocodiles, cobs de Buffon, babouins, buffles, …, heureux moments d’amitié autour d’un verre ou d’un repas.

Rémi nous avait prévu aussi une superbe sortie au parc de Kouré : girafes si nombreuses, si proches de nous, si gracieuses.Nous avons savouré les couchers de soleil depuis la Grande Dune et depuis le bateau-restaurant du Diamangou (dont nous avions déjà vu les nombreuses photos de Rémi).

Ce fut une joie de voir Rémi bien intégré dans cette nouvelle vie, respecté de ses collègues africains et ayant noué des relations d’amitié.Nous avons été touchées par l’accueil de tous ceux que nous avons rencontrés : directeur et chef de Rémi qui nous ont reçus pour un repas, artisans du Centre des Métiers du Cuir qui nous ont couvertes de cadeaux, Abda le bijoutier qui travaille dans sa cour des bijoux en argent, ébène, galuchat, Gagé le mécano si utile, Idé le fidèle gardien, et tous les visages croisés avec « fofo », « bonne arrivée » dont ceux des nombreux enfants étonnés de voir des « nassaras ».

Le retour à Paris, dans le froid et la grisaille, est difficile ; mais nous gardons dans le coeur un peu de ce chaud soleil, et beaucoup de souvenirs. Nous sommes prêtes à suivre Rémi dans d'autres voyages et rencontres... 

Marianne et Pauline



Publié à 03:10, le 12/1/2008, dans Journal de voyage,
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Fête de la Tabaski

Mercredi, c'était la grande fête de la Tabaski, qui célèbre le sacrifice d'Abraham. Elle occupe les esprits et métamorphose la ville pendant plusieurs semaines : les Nigériens cherchent depuis plusieurs mois leur mouton, la ville est envahie de moutons et de bois pour le feu. Il faut imaginer l'importance de l'achat d'un mouton pour une famille nigérienne quand on compare le prix du mouton (de 25 000 à 200 000 FCFA le mouton selon la date d'achat, le lieu et sa corpulence) à celui du revenu moyen (30 000 FCFA / mois).

Le premier jour, après la prière du matin, les moutons sont égorgés, la ville devient bruyante puis tout d'un coup silencieuse. Puis, les bêtes sont dépouillées de leurs peaux, vidées de leurs boyaux et accrochées à deux bâtons. On installe les carcasses tout autour de grands feux collectifs, généralement au milieu des rues et on laisse cuire ainsi jusqu'à 17h environ.

Se balader dans Niamey est un spectacle étonnant, arrêter très vite de compter le nombre de moutons qui cuisent, voir les gens en grand boubou palabrer autour des feux, aller saluer les amis et les collègues pour leur souhaiter une bonne fête. Pour l'occasion, j'ai même revêtu mon habit de fête, habit libyen offert par mon chef lors de son voyage récent en Libye.

 

Les coutumes sont légèrement différentes selon les ethnies : les djermas cuisent la viande le premier jour, la conserve pendant la nuit et la font frire ou recuire le lendemain avant de la distribuer aux proches ; les touaregs découpent et distribuent directement la viande crue et débutent le festin dés le premier jour,...

Ainsi, il suffit d'avoir des amis diversifiés pour manger le premier jour de la pintade chez les haoussa, du mouton en sauce chez les touaregs, et du mouton grillé chez les français...

Et le lendemain, on inverse les rôles. A mon tour de recevoir les amis, collègues et voisins à la maison pour se faire offrir des plats de mouton (avis aux amateurs de mouton, le frigo en regorge...) et palabrer tranquillement. Et finir en bon français par une soirée Noël (sans aucune prétention de mettre en concurrence les religions) à la maison avec échanges de cadeaux et pâtes à la bolo (avec du bœuf !!)



Publié à 02:07, le 21/12/2007, dans Journal de voyage, Niamey
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Episode 10

Quasiment 3 mois sans nouvelles...

Fin de saison des pluies, court retour de la chaleur, puis voilà la fraîcheur qui s'installe. Se réveiller vers 5h pour remettre un drap, penser au sac de couchage pour toute sortie en brousse, frissonner lors des déplacements en mate tôt le matin ou tard le soir... On redécouvre des sensations quasiment oubliées, le plaisir de prendre le petit déjeuner en terrasse au soleil, se balader en brousse même en pleine après-midi... On fait le plein de ces petits plaisirs en sachant que la saison chaude arrivera trop vite...

Actualité

Concernant l'actualité du Niger, je continue la mise en ligne sur le blog. Je ne me permettrais que peu de commentaires sur l'actualité, ce blog étant public et la liberté d'expression n'étant pas vraiment la tasse de thé du Niger actuel, comme le montre l'incarcération de deux journalistes (Moussa Kaka, le correspondant RFI à Agadez, et le directeur du journal Aïr-Info) ainsi que l'arrestation de deux journalistes pour diffamation avant d'être relâchés. Les infos sur le conflit dans le nord sont ainsi devenues de plus en plus minces et sujets à discussion. Par exemple, un étrange attentat déjoué à Dosso (à 100 km de Niamey, donc plutôt loin du terrain ‘classique' de conflit) a permis la prolongation de l'état de ‘mise en garde' dans le nord. Cependant, la principale nouvelle reste quand même la venue de Zidane au Niger comme Ambassadeur du PNUD...

Boulot

Ces trois mois ont correspondu au pic de travail. Gestion des formations, rédaction des rapports, préparation des salons, relations avec l'ambassade, création d'outils de communication...

Après cette frénésie, le temps est venu de faire une pause, de dresser le bilan de 7 mois de mission et de réfléchir à la suite.

7 mois à appréhender le fonctionnement du centre, à apprendre progressivement les histoires de chacun, à gagner leur confiance, à s'adapter au mode de fonctionnement nigérien.

7 mois à se battre continuellement contre des habitudes qui sont devenues quasiment des règles : expliquer au Ministère que nos salles de réunion ne sont pas à leur disposition gratuitement (sauf bien sûr s'ils nous octroient une subvention de fonctionnement...), refuser de payer des inspecteurs du travail qui ont le culot d'appeler le directeur afin de recevoir leur salaire malgré leur non travail, refuser de baisser les prix des articles destinés à notre Ministre de tutelle qui connaît particulièrement la situation financière du centre, relancer continuellement un ancien ministre pour qu'il daigne à rétribuer le centre pour la location des ateliers,...

7 mois à essayer de tenir une comptabilité et de maîtriser les dépenses tout en essayant de s'assurer de leur sincérité dans un pays où les reçus et les factures sont très couramment faussés et où les relations avec les partenaires se monnayent.

7 mois à essayer de modifier des comportements, à mettre un peu d'ordre, à ‘moraliser' le centre selon les dires de mon directeur.

7 mois à rester intègre dans un contexte où les magouilles flirtent avec la corruption et les histoires glauques. Défi qui n'est pas simple, qui désespère certains jours, mais qui booste les autres jours.

Défi également d'appuyer sans se substituer. Pour gérer les multiples urgences, j'ai appris progressivement les tâches habituelles, au point que mon chef n'avait plus besoin de venir au Centre. La pause de fin d'année permet ainsi de discuter de la réorientation de mon appui : moins faire soi-même mais plus aider à faire. Trouver des personnes de confiance, les responsabiliser, les former. Moins gérer les affaires courantes et plus travailler sur les projets, comme la stratégie de développement durable (remise en état de station d'épuration, gestion des déchets, économie d'énergie, transparence des prix et de gestion, participation du personnel...) et la construction d'un atelier de formation en bijouterie.

Mais 7 mois également à se réveiller avec l'envie d'aller travailler. Parce qu'au-delà des difficultés rencontrées, je me sens proche de mes collègues, je crois à l'importance de ce centre, je crois en la possibilité de changer au moins certaines choses, je crois au savoir-faire des artisans... Comme aime le déclarer mon directeur, le centre est une grande famille, et je le ressens, je me sens entouré. J'aime traîner dans les ateliers à discuter de tout et de rien avec les artisans, faire découvrir aux collègues d'autres musiques que Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Bob Marley ou Céline Dion, écouter les histoires mon directeur qui s'installe dans mon bureau dès qu'il s'ennuie dans le sien, aider des collecteurs de peaux à s'organiser en coopérative ou GIE, faire une grande séance photo dans la cour du centre pour photographier 70 nouveaux modèles de chaussures, faire visiter le centre aux amis ou personnalités, ne pas résister à acheter des sacs, cartables, colliers, boucles d'oreille, bracelet, ceinture, chaussures...

Et les ptits évènements comme une formation de bouchers qui se finit en grand méchoui (2 moutons et la moitié d'un taureau : durée de vie = 15 minutes face à 30 nigériens affamés), les prix remportés lors du Salon de l'Artisanat, le pot pour mon anniversaire avec discours et cadeaux, le début d'apprentissage du travail du cuir avec un artisan, les liens qui se créent avec chacun...

 

Mate

La voiture tant attendue par l'ambassade s'est révélée trop coûteuse en essence et plutôt fragile face aux latérites ensablées de Niamey. Alors après négociation, j'ai échangé ma 306 contre une subvention de transport. Et avec celle-ci, j'ai acheté une mate rouge.

Une mate qu'est-ce que c'est ??? Première précision importante : y a mate et mate ! La vraie mate est un modèle de mobylette Yamaha. La fausse mate est une copie de la mate Yamaha. J'ai bien sûr opté pour la copie chinoise, beaucoup moins chère...

Il faut juste se préparer à passer un peu de temps chez le mécano au début pour réparer tous les petits problèmes liés à un montage trop rapide : tuyau d'arrivée d'air mal fixé, rayons mal serrés, ampoules qui lâchent, bougie qui s'encrasse, silencieux mal accroché (qui m'a permis une entrée fracassante dans le centre un matin où mon silencieux s'est enfui lâchement de mon pot). On devient très vite ami avec son mécano en le voyant tous les deux jours...

Mais après ça roule !! 1 500 km au compteur et pas de panne sérieuse.

J'ai ainsi rejoint le ‘clan mate' des VP. Véhicule idéal pour Niamey : se faufile partout, possède une bonne accélération, et dans le sable c'est toujours possible d'étendre les jambes pour ne pas tomber... Eh oui, le sable a repris ses quartiers d'hiver dans Niamey, certaines latérites ressemblent peu à peu à des dunes de sable, et on apprend très vite à adapter nos trajets...

Maison

Voir le jardin s'agrandir : tournesols me dépassent désormais, premières tomates apparaissent, frangipanier toujours en fleur, bananiers peinent à grandir, maïs et mil s'épanouissent, aubergines pointent, salades fleurissent (on a ‘oublié' de les récolter à temps...), ...

Continuer à accueillir des colocataires : après Patrick pendant un mois et demi, et toujours des amis de passage, nous logerons peut-être quatre québécois en janvier.

Jouer au volley avec les amis et en profiter pour apprendre ce sport à Idé. Financer le retour à l'école de ses deux enfants, et suivre leur scolarité.

Sorties

Partir un week-end à Filingué (à 200 km à l'est de Niamey) avec Sandra et Alex. Passer en revue notre répertoire de chansons françaises pour remplacer l'auto-radio défaillant. Voir défiler les champs de mil qui auraient eu besoin de quelques averses supplémentaires. Dormir la première nuit à Damana, village après Baleyara, monter une tente sur la terrasse d'un ami d'un collègue d'Alex et sortir le saucisson et le vin. Arriver le lendemain à Filingué et loger dans la maison d'une VP (le réseau VP a ses avantages...) tout en banco. Découvrir la ville paisible. Se promener à cheval près des falaises au coucher du soleil. Suivre la demi-finale de la coupe du monde de rugby dans l'unique maquis de la ville. Revenir à Niamey en faisant étape au marché de Baleyara pour faire le plein de pain, et le plein de saveurs en déambulant à travers la ville qui se transforme en un immense marché où le bétail côtoie les tissus, les céréales avec les produits ‘pharmaceutiques', les fruits et légumes avec la quincaillerie chinoise.

Visiter avec Patrick les réalisations d'une ONG franco-nigérienne aux alentours de Boubon : construction de puits, de pompes hydrauliques, d'école, de centre de santé, de château d'eau, d'éclairage et de panneaux solaires pour alimenter toutes ces installations.

Camper une nuit avec Leïla, Isabelle, Baptiste et Julien près des falaises de Kobi (entre Baleyara et Filingué), boire une bière les pieds dans le vide en contemplant la nuit tomber, dîner autour du feu. Se réveiller tôt pour aller contempler le lever du soleil du haut de la falaise et rencontrer quelques habitants un peu étonnés de la rencontre au milieu de rien. Faire étape au marché de Baleyara (oui je l'aime bien ce marché !!), y acheter un mouton pour la prochaine fête de Tabaski et lui aménager une petite place dans le fond du 4x4. Visiter un site de production de spiruline, algue servant de complément alimentaire riche en protéines et vitamines pouvant servir dans la lutte contre la malnutrition. Pique-niquer sous un manguier. Et revenir tranquillement à Niamey, en poussant plusieurs fois le 4x4 refusant de démarrer...

Faire une excursion en pirogue avec Sandra, Marie et ses amis pour remonter le fleuve et aller à la rencontre d'hippopotames, aperçus de loin et c'est mieux ainsi vu les risques de se faire attaquer...

Co-louer pour l'année avec une dizaine d'amis une petite concession au bord du fleuve sur la route de Boubon. En profiter un dimanche pour y pique-niquer, se baigner dans le fleuve, jouer aux cartes sous les manguiers.

Et préparer le programme pour le séjour de ma mère et ma ptite sœur.

 

Loisirs

Suivre quelques matchs de la coupe du monde de rugby dans des maquis et voir des nigériens sortir le drapeau français à la fin des matchs.

Voir la France perdre le match contre l'Angleterre, avoir parier et se voir offrir le repas de la réussite par Alex: un dîner au restaurant Vivanda. 14 000 FCFA le menu (soit la moitié du salaire mensuel minimum nigérien) : foie gras, raviolis aux crevettes, azawak (bœuf), macédoine de légumes, crêpes chocolat et ananas confit... et digestif à la mirabelle offert par le patron français et le cuisinier hongrois.

Passer des soirées en haut de la grande dune, à une trentaine de kilomètres de Niamey. Après la première tentative en mai dernier où nous avons débarqué à 2km de la grande dune, la deuxième où nous trouvâmes la grande dune mais trop tard pour voir le soleil se coucher, la troisième fût la bonne. Contempler le soleil rougir et les ombres s'agrandir, faire des roulé-boulé dans le sable, regarder peu à peu la nuit envahir Niamey et ses environs, voir les lampes s'allumer dans les villages voisins.

Fêter son anniversaire à la maison avec un couscous pour 20 personnes.

Se baigner dans la piscine de l'Hôtel Gaweye, le plus chic de Niamey, avec vue sur le fleuve.

Continuer (de temps à temps) à courir au stade.

Aller voir les bébés jumeaux d'Abda, président de la coopérative de bijoutiers. Passer l'après-midi chez Gagé, mon mécano, discuter avec la télé diffusant un DVD d'un concert de Garou.

Ecouter Sébastien un ami VP conter lors d'une soirée conte et musique traditionnelle au CCFN.

Se déguiser pour une grande soirée anniversaires-départs (notre communauté VP se réduit, d'une trentaine en août à une vingtaine en janvier) sur le thème A.

Fêter la fin du ramadan, voir toute la ville en grand boubou dans un grand va-et-vient pour aller saluer les amis et la famille et leur apporter des plats de nourriture. Recevoir dès 9h du mat' son plat de pintade à domicile, un délice avec le café et la baguette de pain...

Jouer au babyfoot et billard dans un maquis.

Aller voir une expo de peinture et sculpture d'un ami qui utilise des matériaux du marché de Katako.

Assister au grand défilé du FIMA (Festival International de Mode Africaine). Etrange impression de voir un défilé de mode avec son cortège de mannequins, de photographes et de personnalités en plein Niger. A côté de couturiers africains, surprise de voir une couturière canadienne avec une présentation de manteaux, de bottes et de bonnets. Avoir même le droit à un mini-concert de Stomy Bugsy au milieu du défilé.

Se balader au SAFEM (Salon de l'Artisanat pour la Femme) pour découvrir tissus, articles en cuir, produits ‘pharmaceutiques' pour retrouver la force et la virilité, et autres produits du Niger et des environs.

 

AFVP

S'investir au niveau de l'AFVP en participant au comité VP, structure de représentation des VPs du Niger. Aider à la consultation des volontaires sur le nouveau plan stratégique de l'AFVP. Préparer la réunion annuelle des VPs du Niger et y introduire une journée sur le développement durable avec interventions des volontaires et d'acteurs extérieurs et visites de site : RESEDA (programme de l'UE sur des technologies adaptées : énergie solaire, éco-conception de bâtiments,...) et site de production de spiruline. Après un pot le premier soir avec les partenaires et même l'Ambassadeur de France, la seconde soirée se déroule au Relais Kanasi au bord du fleuve : dîner, balade en pirogue en pleine nuit et visite d'un village célébrant un mariage dans l'obscurité totale (cela donne une ambiance totalement surréaliste, où l'on discute avec des personnes sans les voir, où l'on se fait guider à travers les ruelles du village...). Et le lendemain, pour commencer doucement la journée, une partie de pétanque...

Petits riens

Croiser au feu rouge un bus RATP dernière génération. Traverser la ville à 20h et passer à côté voire au milieu d'une quinzaine de lieux de prières, devoir baisser les phares pour ne pas les déconcentrer pendant leur prière. Manger un gratin dauphinois, une tartiflette, un fondant au chocolat, un tajine, un riz sauce arachide, la confiture de tomates vertes d'Etienne, le jus de goyave de la tante d'Idrissa. Croiser une dizaine de personnes ramassant un chargement de savons tombés du camion au milieu du boulevard. Se voir demander plusieurs fois par des artisans de l'aide pour mettre une cravate, les étonner en leur répondant que j'en suis bien incapable. Recevoir des colis de France avec des cadeaux, des saucissons, un casque,... Ecouter mon directeur parler de l'émission TV ‘Perdu de vue' et me confier qu'il a acheté un magnétoscope spécialement pour ne pas en louper une émission. Apprendre que le grand-père d'une amie a 8 femmes et 39 ou 40 enfants (on ne compte même plus...), ça laisse songeur sur le nombre de petits-enfants. Se faire offrir pour son anniversaire 1h30 de massage avec Thérèse, et au final préférer les massages thaïlandais aux massages togolais. Apprendre pourquoi le directeur de la formation professionnelle m'appelle toujours cousin : car selon leurs manuels d'histoire, nous avons les mêmes ancêtres les gaulois. Comprendre pourquoi personne n'a de difficulté avec mon prénom en découvrant qu'il est le héros du principal manuel de français ‘La famille Boda' avec son ami René. Perturber le travail et les nuits de quelques collègues en leur prêtant des casses-têtes. Se faire livrer journaux français par un douanier pote d'Etienne qui les récupère dans les avions Air France. Négocier avec le portier de l'Ambassade de France pour pouvoir rentrer en mate dans l'enceinte de l'Ambassade : petit plaisir de voir le grand portail s'ouvrir et de se garer entre les 4x4 plus gros les uns que les autres.

Et attendre le retour de l'être aimé au pays... 



Publié à 03:27, le 20/12/2007, dans Journal de voyage, Niamey
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Episode 9

4 mois au Niger, quasiment un quart de ma mission, le temps passe et les nouvelles s'espacent. Mais le silence n'est pas synonyme d'oubli.

4 mois à se sentir bien, entouré, à créer de nouvelles habitudes.

4 mois à observer les saisons métamorphoser le paysage. Voir la pluie donner une touche de vert à ce désert de sable au point de ne plus être méconnaissable. 

4 mois à changer ma vision des choses, à prendre du recul voire du cynisme comme protection face à des situations quotidiennes désespérantes et bousculant certains principes.

4 mois à durcir mon jugement sur la France en l'observant de l'extérieur.

Ce dernier mois a été animé par les amis. Ils sont donc au centre des nouvelles. Et je m'excuse tout de suite pour ceux qui n'y figurent pas, difficile de caser tout le monde en une seule fois...

 

Maison

Etienne, mon coloc, est en France pour un mois. Mais la maison ne se désemplit pas pour autant. Elle prend même des allures d'auberge espagnole. Accueillir des gens d'âge, de passé, de projet différents. Croiser leur route, partager pendant un temps un toit et un quotidien. Dîner ensemble autour du grand plat de couscous ou de yassa sur la natte. Ecouter. Partager. S'entraider. Faire un bout de chemin ensemble.

Linda. Stagiaire à Coordination Sud pour la réalisation d'une étude sur la coopération européenne. Loge à la maison pour un mois avant de poursuivre son étude au Mali. Se rendre compte au quotidien des difficultés à mener un tel travail, à rencontrer les bons interlocuteurs, à dépasser le discours politique, à compiler toutes ces infos.

 

Murielle. Française en démarche d'adoption d'un enfant nigérien. Loge à la maison pour une semaine, le temps de prendre des contacts et d'évaluer les possibilités d'adoption. L'orienter un peu dans le dédale des démarches. Discuter des frontières souples entre les règles écrites et les possibilités réelles.

Julie. Etudiante française en bijouterie. Loge à la maison quelques jours avant de partir pour Agadez apprendre les techniques des artisans bijoutiers touaregs.

Hama. Guide touristique nord du Niger - sud de Libye. Ami de Murielle et de Julie. Loge à la maison puis accompagne Julie à Agadez. Le voir préparer du thé à tout moment de la journée. Discuter du désert et de la rébellion.

Idé. Mon gardien. Trouver un plat de pâtes dans le frigo quand il le trouve trop vide. Inviter ses deux garçons à dîner, regarder l'éclat dans leurs yeux quand ils goûtent au fondant au chocolat. Commencer à jardiner ensemble, à créer un potager. Regarder le mil pousser.

Et retrouver le silence de la maison vide après les départs successifs.

Boulot

La phase d'observation et d'apprentissage a laissé la place progressivement à l'action. Commencer à mettre en œuvre une nouvelle organisation du centre. Se retrouver seul en l'absence du directeur puis de mon responsable en mission respectivement à Maradi et en Libye. Faire des tâches aussi diverses que créer les emplois du temps pour les apprentis, conserver les clés du coffre-fort, faire de la compta créatrice, former à l'informatique, faire visiter le centre à notre nouveau responsable à l'Ambassade, rencontrer un avocat pour réfléchir au statut du centre, aider (enfin pas beaucoup) mon chef pour un cours d'initiation à la gestion de stock et à l'évaluation des coûts dispensé à 40 artisans en djerma et haoussa. Bosser un week-end entier. Ne pas pouvoir recharger le compteur d'électricité du fait du non-paiement des factures d'électricité de l'administration nigérienne par l'Etat depuis 4 mois. Se voir rétablir in extremis l'électricité grâce au paiement d'un mois. Recevoir un employé de l'Institut National des Statistiques pour un recensement des établissements de formation : devoir fournir le nombre de chaises, armoires, bureaux possédés par le centre (et également le nombre de formations dispensées...). Fabriquer des produits et les envoyer en Chine en prévision d'une foire au mois de décembre. Continuer les visites guidées du centre pour les amis (si ça continue, il fera parti du circuit touristique de Niamey...). Apprendre que des artisans refusent de venir en formation car le perdiem n'est pas assez élevé (la formation est évidemment gratuite et tout le matériel est fourni). Se retrouver avec un trou inexpliqué dans la compta. Voir la productivité chuter, le nombre d'artisans malades augmenter et les salutations s'allonger d'une question avec le ramadan débuté mercredi dernier.

Patrick et Georges. Respectivement gestionnaire et artisan-joailler pour la place Vendôme, d'origine guadeloupéenne et d'origine congolaise, tous deux passionnés par l'Afrique. Représentants de la société française de bijouterie éthique Art Kem (http://www.artkem.com/) qui travaille avec une coopérative d'artisans à Niamey. Monter ensemble un dossier de financement dans le but de former leurs artisans et d'équiper le Centre et la coopérative en matériel. Convaincre le chef du SCAC puis la Ministre de la Formation Professionnelle du projet. Visiter la coopérative : observer dans la cour d'une maison les artisans travailler l'argent, l'ébène, le galuchat (cuir de raie) ; être fasciné par la qualité du travail réalisé avec si peu d'équipement ; les voir utiliser leurs pieds comme outil de travail. Profiter du retour de VP en France pour envoyer des bijoux à Paris. Chercher à créer des partenariats avec les grands hôtels pour des vitrines de vente. Essayer de motiver des écoles françaises de bijouterie de nous donner du matériel.

Hamissou, mon directeur. Discuter de tout et de rien dans son bureau réfrigéré. Le voir s'assoupir au milieu d'une discussion. Partir un dimanche avec lui et deux amis à Baleyara (à une centaine de km à l'est de Niamey), déambuler dans le marché, discuter du prix d'un chameau (environ 200 000 FCFA, soit 300 €), acheter cent baguettes de pain, quelques patates douces et du manioc, pique-niquer dans la voiture d'un sandwich à la viande grillée. Le regarder marcher au milieu du marché boueux en grand boubou et lunettes de soleil... un vrai candidat à la présidentielle en pleine campagne.

Tidjani, mon chef. Pas vraiment présent entre la Libye, le décès d'une tante, la maladie d'une belle-sœur, la naissance d'un fils, la maladie d'un beau-père. Se voir offrir un survêtement de Libye. Se faire appeler de Libye pour être sûr que je sois bien à la cérémonie de baptême de son fils. Essayer ensemble de comprendre le fonctionnement de la nouvelle photocopieuse.

Claude, l'expert français en maroquinerie. Le rencontrer dans un resto vide jouant du synthé et chantant de vieilles rengaines françaises. Avoir le privilège de pouvoir choisir une chanson (Capri...). L'écouter raconter les mêmes histoires, de la création du centre à aujourd'hui en passant par tous les collègues qu'il a pu côtoyé. Aller revoir la Ministre avec lui pour lui porter des produits à présenter au Conseil des Ministres voire à la Présidence.

Tahirou, un collègue. Lui apprendre à allumer un ordinateur et pouvoir maintenant lui confier des documents word et excel à taper. Le responsabiliser progressivement sur différentes tâches. Lui faire découvrir en fin d'aprem' quand tout le monde est parti quelques musiques indispensables d'Elvis à Village People en passant par Queen, Polnareff, la Compagnie Créole, Beach Boys, The Offspring... tout y passe vu que sa culture musicale se résume à Ali Farka Touré, Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondy.

Transport

Pendant que ma voiture somnole au garage pendant plus d'un mois et demi en attendant des pièces de France, je profite de la DT, mais celle-ci va se révéler plutôt capricieuse. Me faire le coup de la panne un lundi matin à 8h30 en plein boulevard. Devoir l'abandonner au bord de la route sous la garde d'un employé d'une entreprise voisine. Aller chercher un mécano, revenir, la réparer rapidement mais devoir l'envoyer au garage pour un changement des segments. Emprunter pendant ce temps une DT, puis une Mate 50 à des VP. La récupérer mais devoir appeler plusieurs matins de suite le mécano pour qu'il vienne me démarrer la moto à domicile. Faire changer la bougie, régler le carburateur, changer des clapets. Et quand elle veut enfin tourner rond, voilà que ma voiture sort du garage et que je dois filer la DT à une autre VP.

Côté voiture, ce n'est guère plus efficace. 306 berline blanche, une vraie voiture de coopérant... Je la renvoie le jour même au garage pour divers oublis : loquets de portières disparus, essuie-glace en grève. Puis, à la fin de la semaine, je la renvoie à nouveau au garage pour cause de surchauffe de moteur. Et des pignons sont également commandés en France. Mais sinon ça roule... Sauf que l'ambassade ne semble guère apprécier la facture... De toute façon, je crois que je vais leur rendre leur voiture, négocier une indemnité de transport et acheter une ptite Mate, elle au moins ne restera pas un mois au garage.

Avoir quelquefois l'impression de jouer à GTA grandeur nature en changeant continuellement de véhicule. Faire croire aux voisins que je travaille dans le recel de véhicules.

Se faire arrêter par les flics pour avoir grillé un feu rouge. Pour ma défense, je n'ai fait que suivre l'exemple des voitures devant moi, mais celles-ci ont tourné alors je fus le seul arrêté... Baptême de négociation avec les flics.

Gagé, mon mécano. Disponibilité, efficacité, sourire. Commence à connaître par cœur ma DT et le chemin pour aller chez moi.

Petits riens

Entendre un clip à la radio destiné à décourager les candidats à l'immigration clandestine : musique flippante, mise en garde contre un « échec certain », financement Union Européenne ; S'ensabler en Toyota Starlett en prenant pour la troisième fois la déviation au nord de Niamey ; Etre assis au milieu d'une piscine sur une chambre à air de camion qui tient lieu de bouée ; Faire recoudre pantalon et chaussure par les artisans du centre (de l'intérêt de travailler avec des artisans...) ; Tomber sur la saison 1 de 24h chrono à la télévision nigérienne (preuve que le Niger n'est pas si déconnecté...) ; Courir autour du stade sous 35°C ; Observer les comportements autour du plat commun : chacun ‘bulldoze' son coin, pique les beaux morceaux chez le voisin, en renvoie une partie à l'invité, commente ce que mange son voisin ; Se balader dans les rizières au bord du fleuve ;

Voir une amie se faire diagnostiquer la fièvre typhoïde avant qu'un autre médecin réfute le diagnostic et explique que beaucoup de cliniques ne savent pas interpréter les analyses ; Lire le canard enchaîné sur sa terrasse ; Commander un cartable, un portefeuille et une ceinture aux artisans (de l'intérêt supplémentaire de travailler avec des artisans...) ; Se faire couper les cheveux par son coloc ; Assister à un mariage évangéliste : plus de 2h30 de messe, vingt ventilos brassent vainement l'air, ambiance joyeuse, pasteur à la blague facile, mariée en robe blanche, baiser des mariés ; Revoir Alice au pays des merveilles pendant un dîner dans un maquis ; Se baigner dans une piscine avec une famille nigérienne : les enfants tout nus, le père en maillot et la mère toute habillée ; Etre édifié devant les infos télé face au poids de la propagande du gouvernement concernant la rébellion touareg ; Rencontrer le chef de bureau MSF et apprendre qu'il était VP à Niamey de 1980 à 1982 ; Regarder un scarabée faire une chute de 4 mètres du toit de la terrasse et reprendre sa route tranquillement ; Entendre un député à l'Assemblée demander que l'on fasse venir ‘budget' qui est au cœur de tant de si longues discussions ; Se rappeler qu'une partie non négligeable des députés est analphabète ; Se balader sur la plage de Niamey et observer des libanais faire du jet-ski sur le fleuve devant un gamin ébahi sur son âne ; Observer les feux rouges clignotants dans les plus gros carrefours de Niamey pour cause de non paiement de l'électricité par la Communauté urbaine ; Apprendre une expression nigérienne : ‘Dieu est grand, mais le blanc n'est pas petit non plus'.



Publié à 08:55, le 20/9/2007, dans Journal de voyage, Niamey
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Episode 8

Un peu de retard accumulé dans l'écriture, envie de passer plus de temps à faire les choses que de les écrire...

La saison a changé, nous voici en pleine saison des pluies, les nigériens appellent ça le « beau temps », les enfants nagent dans les flaques marrons, le paysage se transforme, le mil pousse, et moi je slalome en moto entre les mares (voiture au garage depuis presque un mois...), j'attrape un rhume (pas très exotique comme maladie...) et j'écrase les moustiques.

Zinder

La supervision d'une formation d'artisans en maroquinerie m'a amené à partir deux semaines à Zinder (à environ 800 km à l'est de Niamey). S'évader de Niamey, prendre la route, traverser des villages et des paysages différents, attraper fugitivement des milliers d'images, perdre à nouveau ses maigres repères, que cela fait du bien !

Toute sortie de la ville devient un véritable périple et ce voyage le démontre bien. Trajet avec le pick-up du centre, sur le papier ça semble plutôt confortable comparé au bus. Mais c'était sans compter le fait que nous sommes 8 dans le pick-up, dont un enfant qui vomira trois fois sur le parcours. Dés la porte de la ville franchie, nous entrons dans un autre monde, les voitures se font rares et le paysage semi-désertique semblera figé jusqu'à l'arrivée à Zinder.

Passer les péages et les contrôle de douane formés d'une corde au milieu de la route à chaque entrée et sortie de ville ; s'arrêter plusieurs fois au milieu de rien pour réattacher la bâche qui menace de s'envoler ; faire étape à Dosso pour rendre une machine à coudre au village artisanal ; rire de voir mon chef acheter des galettes bretonnes pour son petit-déjeuner ; regarder les chameaux en train de manger tranquillement au bord de la route ; éviter les innombrables nids de poules plus proches de trous d'obus ; faire étape à Dogondoutchi pour rencontrer le père du chauffeur ; manger une omelette entouré d'enfants qui attendent que tu leur laisses les restes ; doubler des camions antédiluviens dont la plupart sont arrêtés en panne ; rouler sur une centaine de ralentisseurs, deux au minimum par village, et qui constitue souvent le poste d'un mendiant ; s'arrêter au milieu de rien pour scotcher les phares qui menacent de nous quitter ; s'enfoncer en brousse pour cause de déviation ; faire étape à Birni N'Konni pour rencontrer le cousin de mon chef ; demander au pompiste Total où se trouve le revendeur de gasoil ; subir une tempête de sable suivie d'un orage ; observer la pluie rebondir sur la terre au point de former une nappe vaporeuse ; traverser des villages sous l'eau, les enfants jouant dans les rivières formées, les femmes poursuivant leurs occupations et les chèvres se collant aux murs pour se protéger ; s'arrêter pour chaque prière ; finir le trajet sous un ciel étoilé éclairé par quelques éclairs au lointain ; voir le reçu du péage s'envoler par la fenêtre ; écouter le mensonge de mon chef au péage suivant ; arriver enfin à destination.

 

Logement chez Leïla, VPette (la solidarité VP permet de posséder des logements au quatre coins du pays...), qui me sert également de guide dans la découverte de la ville, de ses habitants, locaux ou expats.

Le boulot n'est pas trop fatiguant, quelques heures le matin généralement. Suivre l'évolution de la formation (perfectionnement en création de cartable et portefeuille de 46 artisans) ; rencontrer les partenaires locaux ; faire des réunions pour imaginer les prochaines formation (dont une dans un village de brousse au son des femmes pilant le mil), visiter un centre de formation professionnelle (financé par la coopération algérienne, japonaise et française), un village artisanal, une coopérative cuir, une tannerie traditionnelle et la seule tannerie industrielle (travaillant exclusivement pour une entreprise italienne et dont une partie des peaux sont finies au Bangladesh), assister aux interviews radios de mon chef ; déjeuner chez des amis ou de la famille de mon chef...

 

 

Le temps libre est principalement consacré à la découverte de la ville. Elle se révèle une petite ville (200 000 habitants, comparé au 800 000 de Niamey) plutôt agréable, avec moins de circulation et plus d'authenticité. Elle est également une ville avec un passé historique plus important car elle fût la capitale de l'Etat de Damagaram et pendant un temps la capitale du Niger.

 

Visiter le sultanat, demeure du 23ème sultan (le 22ème a été destitué et incarcéré par le gouvernement nigérien pour divers motifs plus ou moins véridiques : préparation d'un coup d'Etat, trafic de voitures volées, de cocaïne, de fausse monnaie,...). L'Islam ayant pris de l'importance au Niger, le sultan ne peut pas avoir plus de 4 femmes, au lieu des 12 habituelles. Il peut cependant se rattraper sur les femmes de l'ancien sultan qui logent encore au sultanat, mais dans ce cas il faut aimer les femmes vraiment mûres...  Quelques trois cent personnes gravitent autour du sultan. Et celui-ci joue encore un rôle important, en particulier en rendant la justice traditionnelle. Un petit tour dans la cellule aux scorpions ?

Poursuivre en déambulant dans le quartier de Birni pour admirer les maisons traditionnelles en banco (terre séchée) et celles des notables décorées avec des dessins géométriques. Etre entouré d'enfants nous observant, nous disant bonjour, nous demandant un cadeau, se jetant devant l'objectif de l'appareil photo et devenant complètement hystériques en regardant la photo sur l'écran. Tomber en panne d'essence, se faire livrer de l'essence et se faire pousser par une vingtaine d'enfants.

Aller au marché de Mirriah, à 20km de Zinder et se balader dans la forêt de baobabs, pâturage pour les brebis et terrain de jeux pour les enfants.

Profiter également du temps disponible pour se mettre à jour en série (Kamelott) en films (La poursuite du bonheur, The constant gardener, Les particules élémentaires, Le diable s'habille en Prada, Alpha dog, 21 grammes, Je ne suis pas là pour être aimé, Quand j'étais chanteur,...) et en livres (BD Persépolis, Une saison blanche et sèche d'André Brink, Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista, Les arcanes du chaos de Maxime Chattam). Si je vous mets les titres, c'est pour vous les conseiller... :)

Et enfin les soirées dans les rares endroits où boire un verre et retrouver toute la troupe de VP, MSF, GOAL (Irlandais), Peace Corps (Américains) voire même les JICA (Japonais), quelques nigériens et autres jeunes expats. Le milieu d'expats est si petit qu'il est le théâtre idéal pour une série TV, avec tous les rebondissements et interactions que vous pouvez imaginer...

Et également apprendre quelques notions d'Haoussa, se faire offrir des sandales en cuir, acheter un tapis en cuir (cuir forever...), acheter les biscuits traditionnels au miel au fin fond d'un dédale de maisons en banco, subir une coupure celtel pendant plusieurs jours et deux coupures quotidiennes d'électricité (allant d'une à cinq heures).

Après la cérémonie de remise des attestations aux artisans, nous repartons sur la route avec un chargement légèrement modifié : troc d'un passager contre une chèvre et deux poules. Halte pour la nuit à Maradi, logement chez une autre VPette, mais la pluie nous empêche de visiter réellement la ville. Moins de péripéties sur le trajet, arrêts pour les prières, les achats d'oignons, de patates douces, camion renversé dans la déviation, tortue barbotant dans une mare,...

 

Boulot

Après la supervision de la formation à Zinder, retour au boulot ‘normal' à Niamey : rédaction des rapports techniques et financiers des formation, gestion de la formation apprentissage en alternance, installation définitive de nos bureaux, visite du centre aux amis, mise en place de documents comptables, et également la formation d'un futur chef d'atelier de la COMINAK (industrie minière) à la gestion des stocks, au calcul des coûts, à Word et Excel.

L'avenir de mon boulot est difficile à prévoir du fait d'une part que mon chef postule ailleurs tout en ayant une confiance absolue dans ma capacité à reprendre son poste de DAF. Le seul hic en devenant DAF à la place du DAF, à part la difficulté du poste of course, est que je ne serais plus en appui mais en substitution, ce qui n'est pas vraiment l'esprit de la coopération VP. L'autre hypothèse est son remplacement par une nouvelle personne, avec tout ce que ça laisse d'inconnu. Enfin pour l'instant il est encore là...

L'autre inquiétude concerne les formations 2008. L'Union Européenne ne lancera de nouveaux appels d'offres uniquement si l'Etat nigérien lui reverse la taxe d'apprentissage 2007 qu'il a perçu des entreprises alors que la formation professionnelle est intégralement financée par l'UE. Et commençant à connaître le fonctionnement de l'Etat nigérien, il serait capable de saigner la formation professionnelle en refusant de reverser les 400 millions FCFA. Et de toute façon, les hypothétiques formations UE 2008 ne commençant qu'en octobre 2008, il est indispensable que l'on trouve de nouveaux bailleurs pour survivre pendant ce temps... Un peu de boulot et d'inquiétudes en perspective...

Sorties

A côté des habituelles sorties dans les maquis, au CCFN, soirées chez les uns ou chez les autres, trois excursions en dehors de Niamey méritent un récit.

Passer une nuit au bord du fleuve à côté des pêcheurs. Installer la natte ; acheter du poisson aux pêcheurs et le faire griller sur le brasero ; regarder le soleil se coucher puis contempler les étoiles ; essayer de ne pas rouler dans le fleuve pendant le sommeil ; se réveiller pendant la nuit et observer les pêcheurs relevant leurs filets à la lampe de poche ; se réveiller pour voir le soleil percer ; préparer le thé ; puis revenir chez soi avant d'entamer une nouvelle journée de boulot.

Camper près d'Ayorou (à 170km au nord de Niamey). Préparer le 4x4 avec bagages sur le toit ; faire un premier arrêt au bout de 10min pour resserrer la corde ; traverser des paysages verdoyant, vallonnés et remplis de troupeaux tout en écoutant Tracy Chapman et des vieilles chansons françaises ; essayer deux pistes vainement avant de trouver une piste praticable qui débouche sur le fleuve ; monter le campement sur la terre ferme malgré les propositions des piroguiers ; réussir à boire le premier verre d'apéro avant la tempête de sable ; réaménager le campement pour résister au vent (avec l'efficacité de deux anciens scouts belges, d'une ancienne éclaireuse de France, et la mienne...) ; poursuivre l'apéro ; faire griller les merguez, côtelettes et pommes de terre ; dormir quand la pluie débarque au milieu de la nuit. Se réveiller le lendemain pour constater que la pluie fine ne s'est pas interrompue ; contempler le paysage environnant digne de l'écosse ; démonter le campement ; prendre le petit déjeuner dans un maquis à Ayorou ; se balader dans le marché et au bord du fleuve ; reprendre la route ; constater que la route est coupée juste à l'entrée de Niamey du fait d'un pont écroulé avec la pluie ; s'approcher pour observer les secouristes soulever à bras le corps un bout de pont afin de dégager un taxi-brousse (bilan : une dizaine de morts) ; suivre la déviation avec le passage de plusieurs koris (= rivières) ; regarder un taxi-brousse s'embourber et être poussé par une dizaine de personnes ; être content d'être en 4x4 ; arriver à Niamey et s'offrir une pizza dans le meilleur resto italien pour se remettre de ce week-end.

 

Faire une excursion en moto. Partir avec deux motos DT pour reprendre la même route toujours coupée ; apprendre à conduire dans le sable, dans l'eau, à slalomer au milieu des engins de chantier ; arriver à Boubon (30km au nord de Niamey) ; déambuler dans le marché ; marcher le long du fleuve ; pique-niquer sous un manguier ; poursuivre en moto pour prendre le bac traversant le fleuve ; aller jusqu'à une station-essence pour se rendre compte qu'elle n'a pas d'essence ; faire demi-tour ; reprendre le bac ; acheter de l'essence à la sauvette ; évaluer les progrès en reprenant la déviation dans l'autre sens. Bilan de la journée : 170km parcourus, un peu de boue sur les vêtements, diplôme de moto-cross, coups de soleil sur les bras.

 

Petits riens

Tomber sur un diaporama power point sur le pc de mon chef consacré au viaduc de Millau ; S'échanger des divx ; Faire des essais culinaires : pâtes au concentré de tomate et à la vache qui rit ; Ne pas trouver l'essentiel en nourriture à Zinder mais trouver des pailles d'or, et même les nouvelles aux myrtilles ; Ecouter les nigériens raconter leurs expériences en France : ne pas comprendre comment passer le tourniquet du métro, rester bloquer devant une porte à ouverture automatique ; Manger du pigeon ; Lire un bouquin sur l'Islam ; Voir les margouillats redevenir noirs ; Discuter de Nantes avec un nigérien ayant étudier là-bas ; tomber sur le chiffre de 68 entreprises industrielles au Niger ; Manger une spécialité du nord de la France (dont j'ai oublié le nom) : bœuf avec pain d'épice, cassonade et oignons ; Assister au mariage de la sœur d'une amie alors que le mari est en Egypte ;...



Publié à 04:02, le 12/8/2007, dans Journal de voyage, Zinder
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Episode 7

Rébellion touarègue

J'ai envie de consacrer une partie importante de cet article à la rébellion touarègue qui s'est ‘réveillée' depuis février au nord du Niger, dans la zone d'Agadez. Elle occupe une partie importante des discussions, mais l'éloignement géographique et la politique de Tandja ne permettent pas d'avoir une vision claire des évènements en cours. Alors on recoupe les bribes d'informations entre les articles de presse, les amis touaregs d'Etienne et les vp encore présents à Agadez (alors que quasiment toutes les ONG ont quitté la zone, l'Ambassade de France n'a pas encore pris position ni semble-t-il réellement prévu de plan de sécurité...). 

En fichier joint, une revue de presse reprenant les dernières ‘péripéties'. Pour ceux qui ne veulent pas se plonger dans autant de lecture, un petit résumé des épisodes précédents.

Rébellion au début des années 90 de la communauté touarègue face à une marginalisation économique et politique. Elle cessa grâce aux accords de paix signés en 1995 prévoyant une meilleure intégration socio-économique.

Depuis février, la rébellion resurgit pour revendiquer une meilleure application des accords de paix : insertion renforcée des touaregs dans l'armée, les corps paramilitaires et le secteur minier local, représentation politique plus forte.

Les attaques se succèdent : site d'Areva en avril, aéroport d'Agadez en mai, camp militaire en juin avec une quinzaine de morts et 47 otages, enlèvement d'un ouvrier chinois en juillet...

En face, l'armée envoie 4 000 soldats en renfort et semble avoir acquis des hélicoptères de combat russes pilotés par des Ukrainiens. Le pouvoir tente d'isoler la région en filtrant la route menant à Agadez et en verrouillant la presse nigérienne jusqu'à suspendre certains journaux. Cependant, le président Tandja se retrouve progressivement seul dans sa volonté de ne pas reconnaître le mouvement de rébellion et de ne pas ouvrir le dialogue.

Pour le moment, le plus inquiétant est l'absence de témoins et de relais d'informations. Les ONG ont quitté Agadez et les combats se localisent plutôt dans les régions désertiques au nord d'Agadez. Le mouvement rebelle a même demandé à Amnesty International d'être présent afin de recenser les disparitions de personnes par l'armée.

Boulot

Premier fait marquant : l'arrivée de mon nouveau bureau puis de mon nouveau nouveau bureau. Le premier nouveau n'aura duré que 10 jours, mais il m'aura permis pendant ce laps de temps de posséder un bureau plus grand et surtout plus haut que celui de mon chef, ce qui ne semble pas l'avoir autant amusé que moi. Pour étudier les relations hiérarchiques, rien de mieux que d'observer les bureaux de chacun. Mon arrivée et surtout l'arrivée de nouveaux mobiliers ont provoqué la démonstration concrète de l'organigramme du centre : le directeur possède maintenant un grand bureau en angle, mon chef et moi-même possédons le même bureau, le chef des travaux s'est précipité sur mon premier nouveau bureau et a redonné son ancien au secrétaire et ainsi de suite...Imaginez le va-et-vient de meubles dans le centre.

Nous voilà mieux équipé que la grande majorité des ministères, ce qui ne sera pas sans créer des jalousies... et une augmentation des ‘dons' envers nos chers représentants. Enfin, pour le moment nous en sommes à leur fournir des chemises cartonnées et de l'encre pour leurs tampons, mais peut-être qu'un jour ils rêveront d'ordinateurs... Au moment de notre rencontre de la Ministre de la Formation Professionnelle, nous avons rencontré une salariée du ministère qui cherchait en vain un ordinateur pour pouvoir rédiger une passation de marché...Et la Communauté Urbaine de Niamey n'est pas toujours capable de payer sa propre facture d'électricité au point se la faire couper...

Le fonctionnement au niveau professionnel de la société nigérienne est tellement folklorique qu'il amuse tout en exaspérant. Les inconnues sont beaucoup plus grandes qu'en France, il est ainsi difficile de prévoir quelles seront les difficultés qui surgiront pour régler un problème qui peut paraître insignifiant. Juste pour résilier un contrat d'eau, il nous a coûté un mois (et encore l'histoire n'est pas encore finie) ; de multiples déplacements à l'agence, à la direction générale et à l'ambassade ; et un cartable en cuir au directeur d'agence. Il est nécessaire d'oublier les repères occidentaux concernant le fonctionnement institutionnel de l'administration avec des procédures à suivre. Ici, il faut se déplacer, rencontrer, faire une partie de leur boulot à leur place (comme jouer au coursier entre les différents organismes) et surtout s'appuyer sur ses relations. Le réseau est fondamental et non pas seulement comme en France pour des choses compliquées comme trouver un emploi, mais pour toutes les tâches même celles quotidiennes. C'est à ce niveau où je ne pourrais jamais qu'appuyer mon chef et mon directeur car ce sont eux qui possèdent le réseau nécessaire au bon fonctionnement du centre. Ils sortent du seul lycée technique du pays et ont enseigné pendant plusieurs années dans ce même lycée. Ils peuvent ainsi compter d'une part sur la solidarité familiale et amicale élargie, et d'autre part sur la reconnaissance de leurs anciens élèves qui occupent des postes dans la plupart des administrations et grandes entreprises.

Nous sommes dans une économie de la pauvreté, où chacun tire la très mince couverture vers lui. Et cela à tous les niveaux, au sommet de l'Etat où chaque ministre choisit généralement son directeur financier afin de l'aider dans ses magouilles et de favoriser ses amis commerçants dans les passations de marché ; en passant par l'Ambassade de France où mon responsable semble avoir des relations très privilégiées avec certains fournisseurs ; jusqu'au niveau individuel où même la personne qui part chercher le repas se prend au passage une ‘commission' (il a suffit que mon chef gueule un jour pour voir le plat grossir de manière significative...). Tout est sujet à négociation, rares sont les choses bien fixées et respectées. La confiance est donc quelque chose de très fragile. La confiance face aux institutions est nulle, et la confiance inter-individuelle est minée par l'argent. Malgré ce contexte, les relations de confiance existent et paraissent d'autant plus belles et fortes.

Au niveau de mon travail, je commence à réaliser que faire de la comptabilité au Niger tient de la gageure. Comment faire rentrer tout ce bordel dans les cases de la comptabilité ??? Pour l'instant, je suis à l'étape ‘fausses factures' pour pouvoir coïncider avec les budgets mal montés de formations UE. Rien de méchant je vous rassure. Par exemple, l'UE refuse de payer des perdiem aux stagiaires, mais sans perdiem pas de stagiaires... alors on change quelques rubriques dans les budgets, on s'entend avec les fournisseurs, etc. Stage pratique de fausses factures dans une semaine avec mon départ à Zinder pour gérer une formation d'artisans maroquiniers.

Et côté moyen de transport, j'ai profité du départ en France de l'expert tunisien du centre pour lui emprunter sa voiture, et devinez le modèle... Peugeot 306 break blanc... ça me change pas beaucoup de la voiture familiale, mais je n'avais jamais eu l'occasion de la tester sur du sable et dans la boue. J'ai quand même dû l'abandonner pendant un week-end à un garagiste pour qu'il répare une quinzaine de trucs, et elle doit y repartir car une des roues arrières est enfoncée (ne me demandez pas comment c'est possible...). Et j'attends toujours ma ‘vraie' voiture, que l'Ambassade a récupérée aux services secrets français, mais ils ont tellement joué à Starsky et Hutch dans les dunes qu'elle est complètement naze...

Temps libre

Aller voir les girafes au parc de Kouré (au sud de Niamey), se balader parmi elles en essayant de se rapprocher le plus possible, les contempler galoper à travers la savane.

Assister à deux baptêmes musulmans dans la famille de mon chef. Le premier à Niamey juste pour le déjeuner. D'un côté les hommes palabrent politique en petits groupes assis sur des chaises en plastique (la plupart rafistolées en les cousant, et ça c'est très fort !!) et de l'autre côté les femmes en boubous multicolores préparent le repas, discutent étendues sur des nattes. Entrer dans la chambre de la mère (endroit normalement réservée aux femmes) et porter le bébé. Commencer à manger la semoule avec les mains, jusqu'au moment où quelqu'un par pitié me donne une cuillère.

Le second baptême se déroule à Say, ville de 9 000 habitants à 50 km au sud de Niamey. Et cette fois, nous y allons à 6h du mat' pour assister à la fatia (pas sûr de l'orthographe), cérémonie durant laquelle le nom est donné à l'enfant. Le grand rassemblement débute par une distribution de la cola et de dattes, les anciens qui procèdent au partage s'en mettant au passage plein les poches de boubou. Puis, un mouton est égorgé et c'est à ce moment là que le nom de l'enfant est donné. Le reste de la matinée se déroule tranquillement à discuter à l'ombre des arbres, à visiter différents membres de la famille, à se balader à travers la ville guidé par le cousin de mon chef natif de cette ville qui me raconte son enfance et l'évolution de Say, à me recueillir sur un monument aux morts des deux guerres mondiales, à se faire proposer un mariage...

Sortir de la ville, c'est aussi traverser des paysages semi-désertiques, du sable et de la terre sèche à perte de vue, avec seulement quelques arbustes et de rares arbres qui résistent à la sécheresse, des paillotes posées ici et là au milieu de ce ‘rien', des femmes en train de moudre du mil, quelques personnes au bord de la route dans l'attente du passage d'un taxi brousse formant ainsi les seuls taches de couleur sur ce tableau pastel.

Réussir à voir des films, en mélangeant la programmation culturelle du CCFN : Bamako, Le mandat (film du réalisateur sénégalais Ousmane Sembène mort récemment), avec les ressources divx des vp : Jesus Camp, Embrassez qui vous voudrez, Président, Fast and Furious Tokyo Drift. Eclectisme également au niveau de la musique qui résonne continuellement dans la maison : un dimanche aprem' à enchaîner sans transition Curtis Mayfield et NTM, un autre jour consacré à l'intégrale de Gainsbourg, un réveil sur des airs d'opéra, et beaucoup de rock... Prendre le temps de lire et même d'emprunter des bouquins au CCFN. Et enfin faire du basket au SOS Village et profiter de la piscine d'un organisme dont on connaît le gardien...

Et toujours ces petites choses

Se faire expliquer les différences culturelles entre le Niger et la France par son directeur à travers l'exemple de l'existence d'une association des maris battus en France, fait impensable au Niger ; suivre une voiture avec un énorme autocollant ‘Rammstein' sur le pare-brise arrière ; se faire offrir un porte-clé en corne de bororo par un artisan ; faire des barbecues ; chercher une date sur un calendrier Ben Laden ; regarder les enfants jouer au babyfoot à l'ombre d'un grand arbre ; assister au rasage de la barbe d'Etienne ; s'arrêter ébahi devant un expat' faisant son jogging suivi par le 4x4 conduit par le chauffeur ; lire un article dans la revue des volontaires et apprendre que deux des associés à l'origine de l'entreprise Ethiquable (articles de commerce équitable) se sont rencontrés en tant que VP au Mali ; tomber sur le chiffre de 7,8 enfants par femme au Niger ; se faire un festin entre colocs de saucisson, roquefort, reblochon et comté, tous plus dégoulinants les uns que les autres ; rouler en moto au milieu des flaques d'eau ; se faire ramener un ballon de volley par quelqu'un qui fait l'aller-retour en France ; être interrompu dans l'écriture du mail par une tempête de sable ; être l'arbitre dans un combat de margouillat (pas un mail sans des nouvelles des margouillats...) ; dîner chez le ministre des ressources animales (encore un pote touareg d'Etienne...).

PS : sur la dernière photo, vous apercevez mon chef en train d'observer le fleuve. Pour la petite histoire, il était très désappointé car il avait perdu sa toque assortie à son boubou gris...



Publié à 10:40, le 7/7/2007, dans Journal de voyage,
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