Récit d'un volontaire au Niger

Episode 11

Il devient plus difficile de continuer à raconter son quotidien, car ce quotidien malgré ses péripéties régulières commence à être habituel... Mais c'est un sentiment agréable de se sentir tellement à l'aise là où l'on vit que la routine est appréciable...Et heureusement, la vie nigérienne réserve toujours quelques surprises...

11 mois dans quelques jours... ça laisse songeur sur le chemin parcouru et celui qu'il reste à faire...

Après la fraîcheur puis l'harmattan (vent de sable), la chaleur a repris ses droits pour plusieurs mois. En quelques jours, nous voici revenus aux températures estivales : 40-45°C à l'ombre... Il est temps de remplir le frigo de bouteilles d'eau, de graisser le ventilo et de ressortir le maillot de bain... Et c'est aussi la saison des amours qui commence pour les margouillats, les mâles reprennent ainsi leurs couleurs d'apparat : tête jaune et corps noir et gris...

 

Boulot

Après l'épisode bilan de fin d'année, le boulot repart avec de nouveaux projets, de nouvelles activités à gérer. Les missions ont l'avantage d'être diverses : poursuite de la réorganisation du centre avec la mise en place d'un comité de gestion de l'atelier de maroquinerie rassemblant les artisans dans une structure de dialogue et de gestion financière collective; recueillir les besoins de formation des artisans du Niger afin de monter les dossiers de formation pour répondre aux prochains appels d'offre de l'Union Européenne ; continuer à promouvoir le Centre auprès des bailleurs de fonds (visite de l'Ambassadeur de France, de l'Ambassadrice d'Allemagne, de la Représentante du PNUD, du directeur de l'AFD, du directeur de la Coopération Luxembourgeoise,...) pour le financement de formations, de bâtiments manquants (dortoirs, restauration, atelier de bijouterie) et de matériel ; créer un site internet (bientôt en ligne !!) ; essayer de pondre des comptes annuels pour l'année 2007 ; faire du marketing (réaménagement de la boutique, panneaux indicateurs dans la ville, nouveaux modèles,...) ; ...

Je commence également à voir les premiers effets positifs du travail réalisé : fonctionnement plus efficace et plus participatif, forte augmentation des ventes, hausse de la reconnaissance de la qualité du Centre... Le développement est amorcé, mais la frustration reste très présente : dépendance du Centre aux prérogatives et calendriers des bailleurs de fonds, aucun budget de fonctionnement pour la 3ème année consécutive accordé par notre Ministère de tutelle, difficulté à responsabiliser certains membres du personnel, logique de fonctionnement administratif, aucune visibilité même sur l'année actuelle,...

Ces derniers mois ont également été placés sous le signe de l'échange de compétences avec d'autres volontaires : appui par Sébastien à la mise en place d'un système comptable au Centre, appui par Anne-Laure au diagnostic de la station d'épuration, appui par Pierre-Louis à la création du site internet, appui par Christine à la création de nouveaux modèles de sacs,...

 

Nourriture

Allez c'est décidé, j'ouvre une nouvelle catégorie dans les récits ! Un paragraphe dédié uniquement à la nourriture ! Cela peut sembler hors-contexte par rapport à l'objet du blog, mais au contraire, et les Français expatriés peuvent aisément le confirmer, la nourriture est un sujet récurrent de discussion. On se fait saliver en racontant par le menu des repas gargantuesques, on guette les arrivées de France pour le ravitaillement en mets, on s'échange les recettes, et bien sûr on se fait des ptits gueuletons ! Vivant en capitale, nous n'avons pas à nous plaindre, les supermarchés libanais regorgent de produits français, les menus des restaurant sont variés, et le pont aérien avec la France fonctionne très correctement... En revanche, dans d'autres villes du Niger, comme à Zinder, les volontaires se préviennent dés qu'il y a un arrivage de crème fraîche ou autre produit rompant la monotonie du riz sauce, maca ou pâtes au concentré de tomates...

Alors voila une petite liste, loin d'être exhaustive, des découvertes culinaires des deux derniers mois, qui célèbre également le talent de chacun...

Mousse au chocolat et à la crème de marron d'Etienne, hachis parmentier aux épinards d'Alex (au passage, le hachis parmentier belge est toujours aux épinards...), crumble aux courgettes d'Etienne, mouton au miel d'Isa et Bapt, lasagnes de Séb, mousse au citron d'Etienne, glace au speculoos de Nuria, caviar d'aubergine d'Etienne, ma confiture de fraises (faut bien que j'essaye de concurrencer tous ces cuistots...), plateau de fromages de Pierre-Louis de retour de France, cheeseburger de Christine, frites belges d'Etienne, riz au curry de Tié, galette des rois de Célia, cocktail de mangue de Camille, rouleaux de printemps d'Audrey, pain à la farine de maïs, sorgho, mil et niembé de Pascal (boulanger français venu pour une expérimentation des céréales locales dans le pain), ...

A force, je vais peut-être créer une catégorie d'articles ‘recettes de cuisine'...

 

Loisirs

Assister au Championnat national de lutte traditionnelle à Dosso. Grande rencontre annuelle des délégations des 8 régions du Niger. Ce sport est un bon miroir de la société nigérienne actuel : respect et fair-play ; mélange de modernité et de tradition avec la présence de griots et de batteurs de « ganga » (gros tambours haoussa) aux côtés des hôtesses aux couleurs des différents sponsors,  contexte d'insécurité avec une forte présence militaire ; importance de l'apparence sociale avec les dons généreux aux champions (celui-ci a reçu 2 millions de francs officiellement et plus de 5 millions de francs offerts par des particuliers ou entreprises : motos, parcelle de terrain, billet d'avion pour la Mecque, garde-robe, vivres,...).

Passer un week-end à Fillingué avec une quinzaine de volontaires pour le départ d'Emilie. Ecouter les discours élogieux du Préfet, de l'Adjoint au maire ainsi que d'autres responsables, et être touché par cette reconnaissance de l'utilité de l'action du volontaire. Retrouver les ambiances de colonie de vacances avec les batailles d'eau, la terrasse transformée en dortoir, les jeux de cartes, les apéros, les balades dans les falaises, les siestes,... Conduire un bon gros vieux 4x4 et éviter de justesse deux zébus plantés au milieu d'un virage.

Débuter des cours de japonais après avoir abandonné (pour le moment inch' allah...) le haoussa et le djerma. Apprendre à écrire, à se présenter, à compter, à donner l'heure, à commander un hamburger, à dire à quelqu'un qu'il n'est pas très gentil, à s'exclamer que le thé est trop chaud,...

Rire devant la pièce de théâtre ‘Dîner avec un quart de blanc' par l'ensemble Kassaï, histoire de Monsieur Arbi qui compte sur l'invitation à dîner de ‘celui-qui-vient-juste-après-le-directeur-blanc' (le ‘quart de blanc') pour monter les échelons de l'entreprise...

Passer un dimanche dans la famille d'Abdoulkarim, un des artisans du Centre, discuter, déjeuner, regarder un film américain et jouer à la pétanque ! Et là grand moment : dans la cour collective au milieu des femmes lessivant le linge et préparant le repas qui participent un peu mais préfèrent largement commenter avec force chaque action, les voisins jetant un coup d'œil pour comprendre d'où venait ce brouhaha, et nous qui tentons de nous concentrer assez pour réussir à viser le cochonnet entre les casseroles, les pigeons et les enfants qui s'agitent autour...

Et tous les autres loisirs : prendre l'apéro à la grande dune ; passer le week-end en pirogue pour aller voir les hippopotames ; manger du porc au four le dimanche midi au Banco ; assister à un spectacle de danse ; jardiner ; dessiner des bijoux ; voir ‘La môme' au CCFN ; jouer au tarot, au loup garou, au uno, au billard, au baby foot, au diabolo, au volley, à la pétanque, ...

Et toujours ces petits riens

Apprendre que 20 Ministères sur 31 fonctionnent avec moins d'un million d'€ de budget annuel ; assister aux matchs de la Coupe d'Afrique des Nations dans un bar camerounais et écouter les commentaires : « Cameroun : Terre Promise !», «  Que Dieu vienne en aide au Cameroun et ferme les yeux du gardien !» ; circuler dans Niamey et se rendre compte que Celtel a recouvert tous les lampadaires de la ville avec des panneaux publicitaires ; faillir se faire escroquer par le coup de la « fausse voisine » qui vient demander de l'argent pour son fils malade ; croiser chevaux, chèvres, dromadaires, zébus, ânes, moutons dans la ville ; avoir déjà 4 acheteurs pour ma mate ; expérimenter les amibes ; ...

Et toujours ce plaisir sans cesse renouvelé de circuler en fin de journée, le soleil se couchant progressivement, la luminosité devenant agréable et la chaleur plus supportable, les Nigériens discutant dehors, les effluves de préparation de repas chatouillant les narines... Qu'est ce que je suis bien ici...

Le prochain épisode sera écrit normalement de France, un retour après quasiment un an d'absence... La grande joie de retrouver la famille et les amis et de passer du temps auprès de chacun se mêle à une pointe d'inquiétude sur mon décalage et sur l'évolution politique...


Publié à 02:15, le 7/04/2008, dans Journal de voyage, Niamey
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Suspension des émissions de RFI en FM

AFP - 12/03/08

Le Niger a ordonné mercredi la suspension des émissions en modulation de fréquence (FM) de Radio France Internationale (RFI), accusée de "discréditer les institutions nigériennes" lors d'émissions de soutien à son correspondant emprisonné depuis près de 6 mois.

"Toutes les autorisations de diffusion en FM au Niger de RFI sont suspendues pour trois mois", indique une décision du Conseil supérieur de la communication (CSC) transmise à la presse.

Lundi, RFI a consacré une journée spéciale à son correspondant au Niger, Moussa Kaka, inculpé et incarcéré le 26 septembre à Niamey pour "complicité d'atteinte contre l'autorité de l'Etat" en raison de ses liens présumés avec les rebelles touareg du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ).

RFI a notamment fait le récit de la détention de Moussa Kaka et rediffusé ses reportages sur le MNJ ainsi que des témoignages et messages de soutien de journalistes et de nombreuses autres personnalités.

Ces messages demandaient la libération de M. Kaka ou dénonçaient "les tentatives de bâillonnement" de la liberté de la presse par les autorités nigériennes depuis le début de la rébellion touareg en février 2007.

Le CSC reproche à RFI d'avoir "exclu systématiquement tous les appels (téléphoniques) en provenance de Niamey au cours des émissions".

Ainsi, plusieurs ministres nigériens, dont ceux des Affaires étrangères et de la Communication, avaient tenté en vain d'intervenir afin de "réagir" lors des débats sur RFI.

Moussa Kaka, qui est également correspondant de Reporters sans frontières, (RSF), risque la prison à vie.

Le 19 juillet 2007, le CSC avait déjà ordonné la suspension pour trois mois des émissions de RFI pour "traitement déséquilibré et partisan de l'information" sur les activités du MNJ.

RFI avait repris ses émissions le 19 août 2007.

Très écoutée au Niger, RFI émet des informations en français et en haoussa, la langue la plus parlée dans le pays, comprise également dans le nord du Nigeria voisin.

Outre Niamey et Agadez, RFI est reçue en FM dans les grandes villes comme Zinder et Maradi (sud) et Tahoua (ouest).


Publié à 04:49, le 12/03/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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Une pluie de viande crue s'abat sur une bourgade nomade au Niger

Agence Presse Africaine - 12/02/08

Les habitants de la petite bourgade nomade d'Inates, à l'ouest de Niamey, à cheval entre le Mali et le Niger, dans la région de Tillabéry, ont eu la surprise de leur vie en voyant tomber du ciel des morceaux de viande, le week-end dernier, a appris APA mardi.

Selon des témoins interrogés par la télévision privée « Dounia », cette pluie de viande aurait arrosé une aire importante de ce campement touarègue.

Tout est parti, selon les témoins, de la punition infligée à une orpheline battue pour avoir voulu consommer un morceau de viande cuite sans en demander la permission à sa marâtre.

Battue et contrainte de retourner à l'aire de jeux des enfants, la fillette en reviendra quelques heures plus tard, demandant à sa tutrice sa part de la viande préparée au foyer, mais l'orpheline s'était entendu dire qu'il n'y a plus de viande et que tout aurait été consommé.

La fillette se retranche dans un coin de la concession où elle pleura à chaudes larmes, affirment des notables d'Inatès cités par des médias nigériens, ajoutant que « quelques instants plus tard des morceaux de viande ont commencé à s'abattre sur une partie du village ».

Selon les examens effectués sur quelques morceaux de viande remis au Laboratoire national de l'élevage, cette viande est bien « réelle, et ne présenterait aucun danger à la consommation.

« C'est la grâce d'Allah. Il n'y a rien d'étonnant en cela, c'est nous les humains que des situations pareilles étonnent », a indiqué à APA, Cheikh Boubacar Dottia, un des responsables de l'Association islamique du Niger (AIN).

« Plusieurs récits sur des miracles divins sont contenus dans le Coran, dont celui de Mariam la mère du prophète Issa. Elle s'était retrouvée dans un endroit dépourvu de toute nourriture. Après avoir prié Dieu, elle vit devant elle une variété de mets, juste après avoir secoué une branche », a prêché Cheikh Dottia.

Selon lui « cette histoire bien vraie nous administre une leçon de bienséance et d'intégrité envers les orphelins ».


Publié à 02:40, le 12/03/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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Pluie de récompenses sur le champion de lutte traditionnelle

Agence Presse Africaine - 02/03/08

Le vainqueur de l'édition 2008 du Championnat nigérien de lutte traditionnelle, Harouna Abdou de Tahoua, a empoché beaucoup d'argent et de présents, a appris APA de bonne source.

Champion sortant, Harouna Abdou a conservé son titre, dimanche, en terrassant son adversaire, Oumarou Bindigaou de Maradi (champion 2006) en finale du 29ème Championnat de lutte traditionnelle qui a pris fin à Dosso, à 139 km à l'ouest de Niamey.

Officiellement, le champion de lutte traditionnelle au Niger remporte un sabre assorti d'une enveloppe de 2 millions FCFA et un cheval harnaché.

Une flopée de cadeaux en espèces et en nature provenant de fans de la lutte ont également accompagné le sacre Harouna Abdou qui a obtenu une parcelle à usage d'habitation, un billet d'avion pour le pèlerinage à la Mecque, des motos, deux véhicules, des tonnes de vivres ainsi qu'une prise en charge de sa garde-robe pour une année.

« On peut dire, selon les estimations que nous avons pour le moment, que le champion s'en sort avec 7 millions FCFA en espèces », a indiqué au téléphone à APA, Marou Andi, un officiel de la délégation de Tahoua, localité d'où est issu le champion.

De mémoire d'amateurs de lutte, « c'est la première fois, depuis 15 ans, qu'un champion de lutte empoche de tels cadeaux », a ajouté Garba Moussa, un arbitre de la compétition, joint au téléphone depuis Dosso.

Selon l'inspecteur de la jeunesse et des sports, Adamou Imérane Maiga, également contacté par APA, le sacre du lutteur de Tahoua « a été obtenu, en partie, grâce aux diverses promesses et cadeaux réitérées par des bonnes volontés».

« En lutte traditionnelle, ces annonces ont un effet psychologique indéniable, car rassurant le champion de sa solvabilité auprès de ses multiples marabouts et griots, auteurs élément importants pour booster la consécration », explique M. Maiga, également auteur d'un mémoire de Diplôme d'études approfondies (DEA) sur la lutte traditionnelle au Niger.

Marquée par son aspect traditionnel, la lutte au Niger allie force physique et pouvoirs mystiques baignés par les éloges des griots, poursuit-il, ajoutant que «la célébrité d'un lutteur se mesure à l'aune de ses capacités à bien entretenir ses charlatans, marabouts et griots».

Plus qu'une simple discipline sportive, la lutte traditionnelle est aussi un mélange de créations artistiques avec plusieurs chansons dédiées aux lutteurs régulièrement accompagnés dans l'arène d'une pléiade de griots et de batteurs de « ganga », gros tambours haoussa, et de charlatans.

Institué en 1975 par le régime militaire du général Seyni Kountché, le Championnat national de lutte traditionnelle a pour vocation d'être un véritable facteur d'unité nationale entre les différents groupes ethnolinguistiques du pays.


Publié à 07:00, le 2/03/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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L’école de Bassiata à Niamey: un modèle pour la coopération

http://www.rue89.com/ - 01/03/08

L'assistanat archaïque encore trop souvent la règle en matière de coopération avec le tiers monde. Les récentes péripéties qui ont marqué l'exclusion du Tchad de l'ONG l'Arche de Zoé ont mis en lumière les dérives de certaines actions de coopération humanitaire avec l'Afrique.

Certaines initiatives, comme celle de l'école élémentaire de Bassiata, dans le quartier déshérité de Bobiel, à Niamey, prouvent pourtant qu'il est possible d'aider les pays en difficulté sans tomber dans l'assistanat, où les pseudo-coopérants tentent de se substituer aux initiatives locales.

Une nouvelle vie pour 230 élèves

Ce vendredi 22 février, d'un doigt ferme Aïcha a enclenché le commutateur permettant à son école du quartier Bobiel à Niamey de disposer enfin de l'électricité. Ce raccordement électrique a été financé par le produit d'une vente d'objets nigériens organisée à Paris par les amis de Bassiata une association qui soutient le développement de l'école. Cet équipement est une révolution: en 2008, on peine à imaginer cette situation pourtant courante dans le tiers monde: de nombreuses écoles publiques de Niamey ne disposent même pas de l'électricité. Alors, une école privée... Qui plus est une école dont un tiers des élèves sont des filleuls, c'est-à-dire bénéficiant d'un parrainage extérieur. 64 filleuls pour 230 élèves, tous issus de Bobiel, ce quartier périphérique bâti de banco et de cases en paille abritant les nomades peuhls ou touaregs qui affluent vers la capitale du pays.

On ne parvient ici que par des pistes défoncées, au prix d'ensablements fréquents. Sur un arpent de sable rouge, où il n'y avait rien, ont été construits deux groupes de trois classes, qui seront complétés, à la rentrée prochaine, par trois autres classes. L'électricité plus l'enseignement, c'est donc l'avenir. Surtout dans ce pays du Sahel, l'un des plus pauvres du monde, où l'espérance de vie est de 45 ans, où moins de la moitié des enfants sont scolarisés.

Assiata Bassia-Haïdara, Aïcha pour ses proches, est l'épouse d'un haut-fonctionnaire et la mère de cinq enfants. Institutrice puis directrice d'une école maternelle, horrifiée par le sous équipement scolaire flagrant de la capitale nigérienne, elle a conçu le projet assez fou de bâtir de toutes pièces une école maternelle-primaire dont les élèves seraient essentiellement des enfants du quartier, sans ressources donc privés d'accès à l'enseignement, des orphelins ou des enfants issus de foyers sans père.

A l'origine, ce projet disposait 5000 mètres carrés non viabilisés, donnés par le gouvernement, sur une zone sableuse, entre trois maisons en banco et des huttes de nomades. Mais aucune autre aide, ni publique ni privée.

Aïcha Bassia-Haïdara, qui ne voulait pas recourir aux mécanismes habituels de la coopération culturelle, aux relents néo-colonialistes, mobilise de multiples bonnes volontés, bientôt fédérées au sein d'une association.

Pour servir de cadre, elle fonde une société privée, vend ses propres biens pour assurer les premiers investissements. Des microcrédits et des dons en numéraire complètent l'apport dans un premier temps, jusqu'à que soient rassemblés assez de parrains pour donner une consistance au projet.

L'anti-Arche de Zoé

Le système se base sur le parrainage. A l'opposé de toute forme d'adoption, il s'agit de financer les études primaires d'un enfant, pour la somme de 200€ par an pendant six ans. Le parrain s'engage à renouveler son don tous les ans, jusqu'à la fin de la scolarité primaire.

Comme il faut trier parmi des centaines de candidatures, assisté par une médiatrice locale bénévole, un comité de sélection choisit les enfants. La priorité va aux enfants de familles très nombreuses, dont les parents sont dénués de ressources. Un bénéficiaire par famille, avec une exception pour les jumeaux. Le recrutement est limité au quartier pour éviter les aléas des transports. L'enfant entre en maternelle et passe de classe en classe jusqu'à la fin du primaire. Le programme scolaire est le même que dans les écoles publiques.

Les parrains peuvent connaître leur filleul, et même choisir d'aider un garçon ou une fille. Mais pas question de déraciner l'enfant. Il doit vivre dans sa famille. Un des parrains a demandé s'il pourrait recevoir son filleul pour les vacances. La réponse est non. L'enfant est nigérien, il doit rester dans son environnement.

Strictement laïque, l'école est bâtie selon les standards de l'UNESCO, les programmes sont ceux du Ministère de l'Education nigérien, les enseignants sont des instituteurs diplômés, soutenus par des assistantes maternelles pour la quarantaine d'enfants de la maternelle. Le taux de réussite à l'examen de fin d'études primaires atteint 100%. Ouverte il y a deux ans à la rentrée scolaire 2006, l'école comporte déjà deux groupes de trois classes. Un troisième bâtiment sera bientôt construit.

Mais le projet souffre du déséquilibre entre demande et capacité d'accueil. Tout au long de l'année, les mères ont beau pleurer, supplier, impossible de fléchir le comité de sélection, la direction doit refuser des enfants faute de places.

Trois des objectifs sont déjà atteints: la scolarisation de plusieurs dizaines d'enfants sans ressources, mêlés à de moins pauvres, gage de mixité sociale. Une nouvelle animation du quartier assurée par l'existence même de l'école. Et, immense sujet de satisfaction pour la directrice, la démonstration qu'au Niger une femme est capable de mener à bien un projet d'importance et de gérer des rapports à la fois nouveaux et normaux avec des Français qui soutiennent son action.


Publié à 01:01, le 1/03/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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A la découverte de la lutte traditionnelle au Niger

Agence de Presse Africaine - 28/02/08

L'arène des jeux « Salma Dan Rani » de Dosso (139 km à l'ouest de Niamey) vibre depuis samedi dernier aux rythmes de joutes palpitantes à l'occasion de la 29ème édition du Championnat de lutte traditionnelle du Niger, un sport très prisé dans le pays, dont le caractère traditionnel n'exclue pas l'application de règles codifiées.

A l'instar des autres disciplines sportives, la lutte traditionnelle au Niger obéit également à des règles prescrites dans un code, l'objectif pour les lutteurs restant de faire tomber l'adversaire.

Les combats de lutte ont lieu dans une aire circulaire, en sable fin, d'un diamètre de 16 à 20 mètres, avec une zone bouclée par des sacs bondés de sable où les lutteurs se présentent le torse nu, en culotte ou généralement en « walki » (caleçon en peau de bouc).

La coordination du combat se fait à partir de la « table technique », un collège arbitral constitué du directeur technique national de lutte, d'un chronométreur et d'un marqueur.

Tout comme à la table technique, l'arbitrage s'effectue dans l'arène par un trio constitué d'un juge central et de deux assistants tenant chacun deux fanions correspondant aux couleurs des ceintures que portent chacun des lutteurs désignés par tirage au sort.

Un temps est accordé aux lutteurs pour accomplir leur rituel, souvent constitué de pratiques mystiques, des incantations et de l'onction de griots.

Selon les règles de la lutte traditionnelle nigérienne, la victoire est obtenue lorsqu'un lutteur se trouve « à terre, sur les fesses, la tête, le ventre, sur le flanc, le dos, un genou ou un coude ainsi que lorsqu'il se retrouve en position de «brouette» ou de «ventre à l'air» ».

Un combat dure quinze minutes et tout coup de poing étant interdit dans le combat contrairement à la lutte sénégalaise qui utilise cette pratique dans les joutes.

Sport-roi au Niger, la lutte traditionnelle, jadis pratiquée par toutes les communautés du pays, a été instituée comme sport national avec la mise en place d'un championnat national se déroulant chaque année. Toutes les huit régions disposent d'une arène de lutte.

Plus qu'une simple discipline sportive, elle constitue un facteur de brassage entre les couches nigériennes. La lutte allie aussi les créations artistiques, plusieurs chansons étant dédiées aux lutteurs, accompagnés dans l'arène d'une pléiade de griots et de batteurs de « ganga », gros tambours haoussa.


Publié à 02:53, le 28/02/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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Le Niger est un Etat laïc dominé par l’Islam

Agence Presse Africaine - 27/02/08

Les différents régimes politiques au Niger sont restés très proches de l'Islam en dépit du caractère laïc contenu dans toutes les constitutions qui ont eu cours dans ce pays où l'Islam est la religion majoritaire à près de 99 pour cent.

Aussitôt l'indépendance acquise en août 1960, le Niger a privilégié ses relations avec les pays arabes, en particulier, les plus riches pour les aides indispensables au développement économique et social du pays.

Des opportunités ont également été saisies avec certains pays arabes et institutions islamiques pour négocier des bourses d'études destinées aux jeunes diplômés sortis des Medersa.

La Première Grande Mosquée construite sur fonds saoudien à Niamey fut inaugurée en 1965 en présence de Habib Bourguiba, président de la République de Tunisie d'alors et de Diori Hamani, Président de la République du Niger.

La deuxième qui fut construite sur fonds libyen sert actuellement de lieu de Grandes Prières et abrite aussi le siège de l'Association Islamique du Niger.

De même tous les présidents qui se sont succédé à la tête de l'Etat du Niger ont accompli au moins une fois le pèlerinage aux Lieux saints de l'islam à la Mecque, en Arabie Saoudite.

Les régimes civils et militaires ont tous réaffirmé l'appartenance du pays à l'Organisation de la conférence islamique (OCI) tout en évitant l'avènement d'un Etat islamique.

Dans l'espoir d'attirer les faveurs du milieu religieux musulman, le Président Barré Mainassara (1996 - 1999) avait fait bitumer la piste reliant Birnin Gaouré à Kiota, haut lieu de la Tidjania, courant islamique majoritaire au Niger.

Sur le plan administratif et judiciaire, les membres de l'Association islamique du Niger (AIN), jouent encore le rôle d'auxiliaires de justice (assesseurs), notamment au Tribunal de première instance ou de conciliateurs au siège de l'association.

Cette pratique est présente dans toutes les régions du pays, tous les assesseurs des tribunaux locaux se réclamant de l'AIN et s'appuyant sur un code appelé « assariya », qui permet aux tribunaux dits modernes de démêler de nombreux conflits sociaux qui exigent plutôt une solution en adéquation avec les valeurs de la jurisprudence musulmane.


Publié à 06:16, le 27/02/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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Les rebelles touaregs accusent la France d'ingérence au Niger

Le Monde - 20/02/08

Par Abdoulaye Massalatchi

NIAMEY (Reuters) - Les rebelles touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice ont accusé la France de "soutenir militairement" l'armée gouvernementale dans le Nord, une allégation aussitôt réfutée par un officier supérieur nigérien à Niamey.

Dans un communiqué mis en ligne sur son site internet (www.m-n-j.blogspot.com), le MNJ fait état de la présence de "plusieurs officiers français" à Agadez, au centre géographique du Niger et porte du désert du Ténéré, pour former les forces armées nationales dans divers domaines, "tout en leur fournissant des moyens matériels".

"Nous condamnons toute ingérence de la France dans un conflit qui concerne les Nigériens", estime le MNJ. "(...) Toute présence militaire française est considérée comme illicite par le MNJ"", ajoutent les rebelles, qui refusent de permettre "à la France de faire ce qu'elle a fait au Tchad en invoquant un éventuel accord 'logistique'".

Un officier supérieur de l'armée nigérienne, qui a requis l'anonymat, a reconnu devant à Reuters que l'armée gouvernementale recevait une formation, du matériel et un soutien logistique de Paris aux termes d'un accord de coopération militaire.

Mais il a nié un quelconque rôle direct de l'armée française dans les affrontements opposant les soldats nigériens aux hommes du MNJ, qui se bat pour une autonomie accrue de la région Nord et un meilleur partage de ses richesses, et notamment de son uranium exploité par la France.

Le gouvernement central refuse pour sa part de traiter avec le MNJ, traité de "ramassis de bandits et de trafiquants d'armes et de drogue".

"Qui a vu des troupes françaises en train de combattre aux côtés de troupes nigériennes ? Les bandits armés ne savent plus quoi inventer", a déclaré l'officier anonyme.

"Le MNJ est bel et bien un groupe de bandits armés et qu'il faut traiter comme tel. Nous n'avons pas besoin d'une armée étrangère pour cela", a-t-il ajouté.

L'an dernier, les rebelles ont tué une cinquantaine de soldats et attaqué des garnisons de l'armée dans la région d'Agadez, riche en uranium.

Sur son site, le MNJ rappelle que le président français Nicolas Sarkozy avait promis, en accédant au pouvoir au printemps 2007, de rompre avec des pratiques néocoloniales du passé. "Mais bien au contraire, c'est une politique de 'retour à l'ordre ancien' qui se pratique", soulignent-ils.

Version française Jean-Loup Fiévet


Publié à 05:58, le 20/02/2008, dans Actualités nigériennes, Niamey
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Fête de la Tabaski

Mercredi, c'était la grande fête de la Tabaski, qui célèbre le sacrifice d'Abraham. Elle occupe les esprits et métamorphose la ville pendant plusieurs semaines : les Nigériens cherchent depuis plusieurs mois leur mouton, la ville est envahie de moutons et de bois pour le feu. Il faut imaginer l'importance de l'achat d'un mouton pour une famille nigérienne quand on compare le prix du mouton (de 25 000 à 200 000 FCFA le mouton selon la date d'achat, le lieu et sa corpulence) à celui du revenu moyen (30 000 FCFA / mois).

Le premier jour, après la prière du matin, les moutons sont égorgés, la ville devient bruyante puis tout d'un coup silencieuse. Puis, les bêtes sont dépouillées de leurs peaux, vidées de leurs boyaux et accrochées à deux bâtons. On installe les carcasses tout autour de grands feux collectifs, généralement au milieu des rues et on laisse cuire ainsi jusqu'à 17h environ.

Se balader dans Niamey est un spectacle étonnant, arrêter très vite de compter le nombre de moutons qui cuisent, voir les gens en grand boubou palabrer autour des feux, aller saluer les amis et les collègues pour leur souhaiter une bonne fête. Pour l'occasion, j'ai même revêtu mon habit de fête, habit libyen offert par mon chef lors de son voyage récent en Libye.

 

Les coutumes sont légèrement différentes selon les ethnies : les djermas cuisent la viande le premier jour, la conserve pendant la nuit et la font frire ou recuire le lendemain avant de la distribuer aux proches ; les touaregs découpent et distribuent directement la viande crue et débutent le festin dés le premier jour,...

Ainsi, il suffit d'avoir des amis diversifiés pour manger le premier jour de la pintade chez les haoussa, du mouton en sauce chez les touaregs, et du mouton grillé chez les français...

Et le lendemain, on inverse les rôles. A mon tour de recevoir les amis, collègues et voisins à la maison pour se faire offrir des plats de mouton (avis aux amateurs de mouton, le frigo en regorge...) et palabrer tranquillement. Et finir en bon français par une soirée Noël (sans aucune prétention de mettre en concurrence les religions) à la maison avec échanges de cadeaux et pâtes à la bolo (avec du bœuf !!)


Publié à 02:07, le 21/12/2007, dans Journal de voyage, Niamey
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Episode 10

Quasiment 3 mois sans nouvelles...

Fin de saison des pluies, court retour de la chaleur, puis voilà la fraîcheur qui s'installe. Se réveiller vers 5h pour remettre un drap, penser au sac de couchage pour toute sortie en brousse, frissonner lors des déplacements en mate tôt le matin ou tard le soir... On redécouvre des sensations quasiment oubliées, le plaisir de prendre le petit déjeuner en terrasse au soleil, se balader en brousse même en pleine après-midi... On fait le plein de ces petits plaisirs en sachant que la saison chaude arrivera trop vite...

Actualité

Concernant l'actualité du Niger, je continue la mise en ligne sur le blog. Je ne me permettrais que peu de commentaires sur l'actualité, ce blog étant public et la liberté d'expression n'étant pas vraiment la tasse de thé du Niger actuel, comme le montre l'incarcération de deux journalistes (Moussa Kaka, le correspondant RFI à Agadez, et le directeur du journal Aïr-Info) ainsi que l'arrestation de deux journalistes pour diffamation avant d'être relâchés. Les infos sur le conflit dans le nord sont ainsi devenues de plus en plus minces et sujets à discussion. Par exemple, un étrange attentat déjoué à Dosso (à 100 km de Niamey, donc plutôt loin du terrain ‘classique' de conflit) a permis la prolongation de l'état de ‘mise en garde' dans le nord. Cependant, la principale nouvelle reste quand même la venue de Zidane au Niger comme Ambassadeur du PNUD...

Boulot

Ces trois mois ont correspondu au pic de travail. Gestion des formations, rédaction des rapports, préparation des salons, relations avec l'ambassade, création d'outils de communication...

Après cette frénésie, le temps est venu de faire une pause, de dresser le bilan de 7 mois de mission et de réfléchir à la suite.

7 mois à appréhender le fonctionnement du centre, à apprendre progressivement les histoires de chacun, à gagner leur confiance, à s'adapter au mode de fonctionnement nigérien.

7 mois à se battre continuellement contre des habitudes qui sont devenues quasiment des règles : expliquer au Ministère que nos salles de réunion ne sont pas à leur disposition gratuitement (sauf bien sûr s'ils nous octroient une subvention de fonctionnement...), refuser de payer des inspecteurs du travail qui ont le culot d'appeler le directeur afin de recevoir leur salaire malgré leur non travail, refuser de baisser les prix des articles destinés à notre Ministre de tutelle qui connaît particulièrement la situation financière du centre, relancer continuellement un ancien ministre pour qu'il daigne à rétribuer le centre pour la location des ateliers,...

7 mois à essayer de tenir une comptabilité et de maîtriser les dépenses tout en essayant de s'assurer de leur sincérité dans un pays où les reçus et les factures sont très couramment faussés et où les relations avec les partenaires se monnayent.

7 mois à essayer de modifier des comportements, à mettre un peu d'ordre, à ‘moraliser' le centre selon les dires de mon directeur.

7 mois à rester intègre dans un contexte où les magouilles flirtent avec la corruption et les histoires glauques. Défi qui n'est pas simple, qui désespère certains jours, mais qui booste les autres jours.

Défi également d'appuyer sans se substituer. Pour gérer les multiples urgences, j'ai appris progressivement les tâches habituelles, au point que mon chef n'avait plus besoin de venir au Centre. La pause de fin d'année permet ainsi de discuter de la réorientation de mon appui : moins faire soi-même mais plus aider à faire. Trouver des personnes de confiance, les responsabiliser, les former. Moins gérer les affaires courantes et plus travailler sur les projets, comme la stratégie de développement durable (remise en état de station d'épuration, gestion des déchets, économie d'énergie, transparence des prix et de gestion, participation du personnel...) et la construction d'un atelier de formation en bijouterie.

Mais 7 mois également à se réveiller avec l'envie d'aller travailler. Parce qu'au-delà des difficultés rencontrées, je me sens proche de mes collègues, je crois à l'importance de ce centre, je crois en la possibilité de changer au moins certaines choses, je crois au savoir-faire des artisans... Comme aime le déclarer mon directeur, le centre est une grande famille, et je le ressens, je me sens entouré. J'aime traîner dans les ateliers à discuter de tout et de rien avec les artisans, faire découvrir aux collègues d'autres musiques que Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Bob Marley ou Céline Dion, écouter les histoires mon directeur qui s'installe dans mon bureau dès qu'il s'ennuie dans le sien, aider des collecteurs de peaux à s'organiser en coopérative ou GIE, faire une grande séance photo dans la cour du centre pour photographier 70 nouveaux modèles de chaussures, faire visiter le centre aux amis ou personnalités, ne pas résister à acheter des sacs, cartables, colliers, boucles d'oreille, bracelet, ceinture, chaussures...

Et les ptits évènements comme une formation de bouchers qui se finit en grand méchoui (2 moutons et la moitié d'un taureau : durée de vie = 15 minutes face à 30 nigériens affamés), les prix remportés lors du Salon de l'Artisanat, le pot pour mon anniversaire avec discours et cadeaux, le début d'apprentissage du travail du cuir avec un artisan, les liens qui se créent avec chacun...

 

Mate

La voiture tant attendue par l'ambassade s'est révélée trop coûteuse en essence et plutôt fragile face aux latérites ensablées de Niamey. Alors après négociation, j'ai échangé ma 306 contre une subvention de transport. Et avec celle-ci, j'ai acheté une mate rouge.

Une mate qu'est-ce que c'est ??? Première précision importante : y a mate et mate ! La vraie mate est un modèle de mobylette Yamaha. La fausse mate est une copie de la mate Yamaha. J'ai bien sûr opté pour la copie chinoise, beaucoup moins chère...

Il faut juste se préparer à passer un peu de temps chez le mécano au début pour réparer tous les petits problèmes liés à un montage trop rapide : tuyau d'arrivée d'air mal fixé, rayons mal serrés, ampoules qui lâchent, bougie qui s'encrasse, silencieux mal accroché (qui m'a permis une entrée fracassante dans le centre un matin où mon silencieux s'est enfui lâchement de mon pot). On devient très vite ami avec son mécano en le voyant tous les deux jours...

Mais après ça roule !! 1 500 km au compteur et pas de panne sérieuse.

J'ai ainsi rejoint le ‘clan mate' des VP. Véhicule idéal pour Niamey : se faufile partout, possède une bonne accélération, et dans le sable c'est toujours possible d'étendre les jambes pour ne pas tomber... Eh oui, le sable a repris ses quartiers d'hiver dans Niamey, certaines latérites ressemblent peu à peu à des dunes de sable, et on apprend très vite à adapter nos trajets...

Maison

Voir le jardin s'agrandir : tournesols me dépassent désormais, premières tomates apparaissent, frangipanier toujours en fleur, bananiers peinent à grandir, maïs et mil s'épanouissent, aubergines pointent, salades fleurissent (on a ‘oublié' de les récolter à temps...), ...

Continuer à accueillir des colocataires : après Patrick pendant un mois et demi, et toujours des amis de passage, nous logerons peut-être quatre québécois en janvier.

Jouer au volley avec les amis et en profiter pour apprendre ce sport à Idé. Financer le retour à l'école de ses deux enfants, et suivre leur scolarité.

Sorties

Partir un week-end à Filingué (à 200 km à l'est de Niamey) avec Sandra et Alex. Passer en revue notre répertoire de chansons françaises pour remplacer l'auto-radio défaillant. Voir défiler les champs de mil qui auraient eu besoin de quelques averses supplémentaires. Dormir la première nuit à Damana, village après Baleyara, monter une tente sur la terrasse d'un ami d'un collègue d'Alex et sortir le saucisson et le vin. Arriver le lendemain à Filingué et loger dans la maison d'une VP (le réseau VP a ses avantages...) tout en banco. Découvrir la ville paisible. Se promener à cheval près des falaises au coucher du soleil. Suivre la demi-finale de la coupe du monde de rugby dans l'unique maquis de la ville. Revenir à Niamey en faisant étape au marché de Baleyara pour faire le plein de pain, et le plein de saveurs en déambulant à travers la ville qui se transforme en un immense marché où le bétail côtoie les tissus, les céréales avec les produits ‘pharmaceutiques', les fruits et légumes avec la quincaillerie chinoise.

Visiter avec Patrick les réalisations d'une ONG franco-nigérienne aux alentours de Boubon : construction de puits, de pompes hydrauliques, d'école, de centre de santé, de château d'eau, d'éclairage et de panneaux solaires pour alimenter toutes ces installations.

Camper une nuit avec Leïla, Isabelle, Baptiste et Julien près des falaises de Kobi (entre Baleyara et Filingué), boire une bière les pieds dans le vide en contemplant la nuit tomber, dîner autour du feu. Se réveiller tôt pour aller contempler le lever du soleil du haut de la falaise et rencontrer quelques habitants un peu étonnés de la rencontre au milieu de rien. Faire étape au marché de Baleyara (oui je l'aime bien ce marché !!), y acheter un mouton pour la prochaine fête de Tabaski et lui aménager une petite place dans le fond du 4x4. Visiter un site de production de spiruline, algue servant de complément alimentaire riche en protéines et vitamines pouvant servir dans la lutte contre la malnutrition. Pique-niquer sous un manguier. Et revenir tranquillement à Niamey, en poussant plusieurs fois le 4x4 refusant de démarrer...

Faire une excursion en pirogue avec Sandra, Marie et ses amis pour remonter le fleuve et aller à la rencontre d'hippopotames, aperçus de loin et c'est mieux ainsi vu les risques de se faire attaquer...

Co-louer pour l'année avec une dizaine d'amis une petite concession au bord du fleuve sur la route de Boubon. En profiter un dimanche pour y pique-niquer, se baigner dans le fleuve, jouer aux cartes sous les manguiers.

Et préparer le programme pour le séjour de ma mère et ma ptite sœur.

 

Loisirs

Suivre quelques matchs de la coupe du monde de rugby dans des maquis et voir des nigériens sortir le drapeau français à la fin des matchs.

Voir la France perdre le match contre l'Angleterre, avoir parier et se voir offrir le repas de la réussite par Alex: un dîner au restaurant Vivanda. 14 000 FCFA le menu (soit la moitié du salaire mensuel minimum nigérien) : foie gras, raviolis aux crevettes, azawak (bœuf), macédoine de légumes, crêpes chocolat et ananas confit... et digestif à la mirabelle offert par le patron français et le cuisinier hongrois.

Passer des soirées en haut de la grande dune, à une trentaine de kilomètres de Niamey. Après la première tentative en mai dernier où nous avons débarqué à 2km de la grande dune, la deuxième où nous trouvâmes la grande dune mais trop tard pour voir le soleil se coucher, la troisième fût la bonne. Contempler le soleil rougir et les ombres s'agrandir, faire des roulé-boulé dans le sable, regarder peu à peu la nuit envahir Niamey et ses environs, voir les lampes s'allumer dans les villages voisins.

Fêter son anniversaire à la maison avec un couscous pour 20 personnes.

Se baigner dans la piscine de l'Hôtel Gaweye, le plus chic de Niamey, avec vue sur le fleuve.

Continuer (de temps à temps) à courir au stade.

Aller voir les bébés jumeaux d'Abda, président de la coopérative de bijoutiers. Passer l'après-midi chez Gagé, mon mécano, discuter avec la télé diffusant un DVD d'un concert de Garou.

Ecouter Sébastien un ami VP conter lors d'une soirée conte et musique traditionnelle au CCFN.

Se déguiser pour une grande soirée anniversaires-départs (notre communauté VP se réduit, d'une trentaine en août à une vingtaine en janvier) sur le thème A.

Fêter la fin du ramadan, voir toute la ville en grand boubou dans un grand va-et-vient pour aller saluer les amis et la famille et leur apporter des plats de nourriture. Recevoir dès 9h du mat' son plat de pintade à domicile, un délice avec le café et la baguette de pain...

Jouer au babyfoot et billard dans un maquis.

Aller voir une expo de peinture et sculpture d'un ami qui utilise des matériaux du marché de Katako.

Assister au grand défilé du FIMA (Festival International de Mode Africaine). Etrange impression de voir un défilé de mode avec son cortège de mannequins, de photographes et de personnalités en plein Niger. A côté de couturiers africains, surprise de voir une couturière canadienne avec une présentation de manteaux, de bottes et de bonnets. Avoir même le droit à un mini-concert de Stomy Bugsy au milieu du défilé.

Se balader au SAFEM (Salon de l'Artisanat pour la Femme) pour découvrir tissus, articles en cuir, produits ‘pharmaceutiques' pour retrouver la force et la virilité, et autres produits du Niger et des environs.

 

AFVP

S'investir au niveau de l'AFVP en participant au comité VP, structure de représentation des VPs du Niger. Aider à la consultation des volontaires sur le nouveau plan stratégique de l'AFVP. Préparer la réunion annuelle des VPs du Niger et y introduire une journée sur le développement durable avec interventions des volontaires et d'acteurs extérieurs et visites de site : RESEDA (programme de l'UE sur des technologies adaptées : énergie solaire, éco-conception de bâtiments,...) et site de production de spiruline. Après un pot le premier soir avec les partenaires et même l'Ambassadeur de France, la seconde soirée se déroule au Relais Kanasi au bord du fleuve : dîner, balade en pirogue en pleine nuit et visite d'un village célébrant un mariage dans l'obscurité totale (cela donne une ambiance totalement surréaliste, où l'on discute avec des personnes sans les voir, où l'on se fait guider à travers les ruelles du village...). Et le lendemain, pour commencer doucement la journée, une partie de pétanque...

Petits riens

Croiser au feu rouge un bus RATP dernière génération. Traverser la ville à 20h et passer à côté voire au milieu d'une quinzaine de lieux de prières, devoir baisser les phares pour ne pas les déconcentrer pendant leur prière. Manger un gratin dauphinois, une tartiflette, un fondant au chocolat, un tajine, un riz sauce arachide, la confiture de tomates vertes d'Etienne, le jus de goyave de la tante d'Idrissa. Croiser une dizaine de personnes ramassant un chargement de savons tombés du camion au milieu du boulevard. Se voir demander plusieurs fois par des artisans de l'aide pour mettre une cravate, les étonner en leur répondant que j'en suis bien incapable. Recevoir des colis de France avec des cadeaux, des saucissons, un casque,... Ecouter mon directeur parler de l'émission TV ‘Perdu de vue' et me confier qu'il a acheté un magnétoscope spécialement pour ne pas en louper une émission. Apprendre que le grand-père d'une amie a 8 femmes et 39 ou 40 enfants (on ne compte même plus...), ça laisse songeur sur le nombre de petits-enfants. Se faire offrir pour son anniversaire 1h30 de massage avec Thérèse, et au final préférer les massages thaïlandais aux massages togolais. Apprendre pourquoi le directeur de la formation professionnelle m'appelle toujours cousin : car selon leurs manuels d'histoire, nous avons les mêmes ancêtres les gaulois. Comprendre pourquoi personne n'a de difficulté avec mon prénom en découvrant qu'il est le héros du principal manuel de français ‘La famille Boda' avec son ami René. Perturber le travail et les nuits de quelques collègues en leur prêtant des casses-têtes. Se faire livrer journaux français par un douanier pote d'Etienne qui les récupère dans les avions Air France. Négocier avec le portier de l'Ambassade de France pour pouvoir rentrer en mate dans l'enceinte de l'Ambassade : petit plaisir de voir le grand portail s'ouvrir et de se garer entre les 4x4 plus gros les uns que les autres.

Et attendre le retour de l'être aimé au pays... 


Publié à 03:27, le 20/12/2007, dans Journal de voyage, Niamey
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